
Le scrutin présidentiel organisé en Guinée marque officiellement la fin de quatre années de transition militaire. Pourtant, au cœur de cette élection se trouve un élément central qui structure tout le processus politique actuel : la nouvelle Constitution adoptée par référendum en septembre. Ce texte redéfinit les règles du jeu démocratique et permet au général Mamadi Doumbouya, arrivé au pouvoir par un coup d’État en 2021, de briguer la magistrature suprême.
Une Constitution taillée pour une candidature militaire
La nouvelle loi fondamentale rompt avec un principe jusqu’alors central dans la vie politique guinéenne : l’interdiction pour les chefs militaires de se présenter à une élection présidentielle. En levant cette restriction, la Constitution ouvre clairement la voie à la candidature de Mamadi Doumbouya. Elle prolonge également la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans, renforçant ainsi le pouvoir exécutif.
Officiellement, les autorités justifient ces changements par la nécessité de stabiliser le pays et d’inscrire l’action publique dans le long terme. Toutefois, pour l’opposition et une partie de la société civile, ces réformes visent avant tout à consolider durablement le pouvoir du chef de la junte.
Un référendum contesté, une légitimité discutée
Adoptée à une large majorité, la Constitution l’a été dans un contexte politique tendu. Les principaux partis d’opposition avaient appelé au boycott du référendum, dénonçant un processus verrouillé et un manque de débat public. Cette absence de pluralisme fragilise la légitimité du texte, même s’il constitue désormais la base légale du scrutin présidentiel.
Depuis le coup d’État, plus de cinquante partis politiques ont été dissous, officiellement pour assainir l’espace politique. En pratique, cette décision a considérablement réduit les contre-pouvoirs et affaibli la capacité de l’opposition à peser sur le processus électoral.
Une transition qui s’achève, un pouvoir qui se pérennise
Présentée comme l’aboutissement de la transition, l’élection présidentielle s’inscrit en réalité dans une continuité institutionnelle façonnée par le pouvoir militaire. La nouvelle Constitution ne marque pas seulement un retour à l’ordre constitutionnel : elle redessine l’architecture du pouvoir en faveur d’un exécutif fort, concentré entre les mains de celui qui a conduit la transition.
Dans un pays où plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté malgré d’immenses ressources minières, cette élection soulève une question fondamentale : la nouvelle Constitution servira-t-elle de fondement à une gouvernance plus inclusive ou consacrera-t-elle la transformation durable du pouvoir militaire en pouvoir civil ?
L’avenir politique de la Guinée dépendra moins du résultat du scrutin que de la capacité des institutions issues de cette Constitution à restaurer la confiance, garantir les libertés et ouvrir un véritable espace démocratique.





