
Le 2 mars 2026 restera une date marquante pour ceux qui suivent l’évolution de l’état de droit au Togo. Ce jour-là, Abdoul Aziz Goma, Togolais-Irlandais ancien détenu politique, a pris la parole devant la 61ᵉ session du Conseil des droits de l’homme des Nations unies à Genève. Il y a livré un témoignage fort et glaçant sur ses huit années de détention, qu’il décrit comme une succession d’« conditions inhumaines » et de refus de soins médicaux qui ont gravement impacté sa santé. Son intervention à l’ONU ne se limite pas à un récit personnel. Elle pose des questions profondes sur la justice, les droits humains et la manière dont le Togo traite ceux qui osent exprimer leurs opinions ou soutenir des mouvements citoyens.
Arrestation et longue détention
L’histoire de Goma remonte à décembre 2018, lorsqu’il a été arrêté à Lomé pour avoir hébergé des jeunes venus manifester pacifiquement en quête de réformes démocratiques. Bien qu’il n’ait pas pris part à l’organisation des manifestations, il a été accusé d’atteinte à la sûreté de l’État et maintenu en détention pendant des années avant un procès.
Le procès, qui ne s’est tenu qu’en février 2025, a duré une seule journée et abouti à une condamnation à dix ans de prison aux côtés d’autres personnes dans des circonstances critiquées par des observateurs internationaux.
De nombreuses voix, y compris le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, ont qualifié sa privation de liberté d’illégale et en violation des droits fondamentaux tels que la liberté d’association, de réunion et le droit à un procès équitable.
Conditions de détention dénoncées
Dans son témoignage, Goma n’a pas hésité à prendre des mots forts. Il a décrit des périodes au secret, un manque d’accès aux soins et des conditions de détention qui ont gravement détérioré sa santé physique et mentale.
Des informations européennes, notamment du Parlement européen, indiquent que pendant sa détention prolongée il a subi ce que plusieurs élus ont qualifié de torture, de mauvais traitements et de refus systématique de soins adéquats, au point d’affecter sa mobilité et sa santé générale.
Cette détention a attiré l’attention internationale. Le Parlement européen a adopté en septembre 2025 une résolution appelant à sa libération immédiate et sans condition, qualifiant son affaire de « parodie de justice » et dénonçant l’usage de la détention provisoire prolongée comme outil de répression.
Grève de la faim et mobilisation
En août 2025, alors que sa santé se dégradait, Goma a entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention injuste et celle d’autres prisonniers politiques. Selon plusieurs sources, ce geste s’inscrivait dans une lutte collective menée dans la prison civile de Lomé, rassemblant une trentaine de détenus.
La grève a mis en lumière deux réalités : premièrement, la mise en danger volontaire de la vie par des citoyens réclamant justice et dignité ; deuxièmement, l’absence de réponses claires et rapides des autorités à ces revendications, malgré l’implication d’organisations internationales.
Libération sous pression internationale
Goma a été libéré début 2026, après huit ans d’incarcération. Dans son intervention à l’ONU, il a clairement indiqué que sa libération n’était pas le résultat d’un acte de justice togolaise, mais de la pression internationale, notamment d’organismes de défense des droits humains et de représentants onusiens.
Cette reconnaissance souligne que ce cas ne concerne pas uniquement un individu, mais un système où l’État de droit et les normes internationales de traitement des prisonniers ont été, selon ses détracteurs, largement ignorés.
Au-delà d’un seul cas : enjeux pour le Togo
Le témoignage d’Abdoul Aziz Goma synthétise plusieurs défis pour le Togo contemporains :
D’abord, il met en lumière l’usage prolongé de la détention provisoire dans des affaires politiques, un mécanisme souvent critiqué pour devenir un outil de répression plutôt que de justice. Il rappelle également que des normes internationales existent pour protéger les droits des détenus, mais qu’elles doivent être renforcées et appliquées de manière effective.
Ensuite, il illustre la tensions diplomatiques que ce dossier a générées. Le Togo s’est trouvé confronté à une pression visible de l’Union européenne et de nombreux États sollicitant sa libération, ce qui a parfois conduit à des appels formels et à des critiques politiques concernant le respect des droits humains dans le pays.
Enfin, il pose une question plus vaste : comment un pays peut-il concilier sécurité nationale et respect des libertés fondamentales, surtout dans un contexte où la société civile réclame davantage de transparence, de participation politique et de justice indépendante ?
Une voix qui interpelle
Le récit d’Abdoul Aziz Goma, entendu à l’ONU, n’est pas seulement une autobiographie de souffrance. Il est un appel à la réflexion sur le respect des droits humains, l’indépendance judiciaire et la dignité humaine. Son histoire incarne les luttes de ceux qui, dans de nombreuses sociétés, se heurtent à des systèmes judiciaires qui manquent parfois de transparence et d’équité.
En fin de compte, la liberté de Goma ouvre une porte vers une discussion plus large sur la justice, non seulement au Togo, mais dans d’autres contextes similaires où la tension entre ordre public et liberté demeure une réalité fondamentale.