Coton béninois au Ghana : le pari de Mahama

L’annonce a fait l’effet d’une secousse stratégique dans le paysage industriel ouest-africain. Le président ghanéen John Dramani Mahama a confirmé le recours à l’importation de coton béninois au Ghana pour approvisionner l’usine textile Volta Star, située à Juapong. En arrêt d’activité prolongé en raison d’un manque criant de matière première locale, ce fleuron public cherche un second souffle. Pour Accra, l’urgence impose de faire tourner les machines avant de pouvoir restructurer sa propre filière agricole.

La limite des ambitions et la rivalité de la GDIZ

Le choix du Ghana traduit un pragmatisme économique certain face aux contraintes du marché. Plutôt que de conditionner le redémarrage des métiers à tisser à une lointaine autosuffisance agricole, le gouvernement ghanéen préfère sécuriser immédiatement ses approvisionnements chez le premier producteur du continent. Cette démarche pose les jalons d’une complémentarité transfrontalière concrète. Elle illustre ce que les partisans de la zone de libre-échange continentale appellent de leurs vœux, à savoir l’articulation directe entre production de ressources brutes et capacités de transformation régionale.

Cependant, cette équation industrielle se heurte rapidement à une réalité géopolitique régionale beaucoup plus complexe. La stratégie ghanéenne repose sur l’hypothèse d’une disponibilité durable de la fibre béninoise. Or, Cotonou a engagé une transformation radicale de son modèle économique à travers la Zone industrielle de Glo-Djigbé. L’objectif affiché par les autorités béninoises est de transformer l’intégralité du coton récolté sur leur territoire national afin de capter l’ensemble de la valeur ajoutée textile.

Dans cette perspective, la vente de fibre brute à des industriels étrangers, fussent-ils voisins, apparaît comme une solution transitoire pour Cotonou. À mesure que les filatures béninoises monteront en puissance, la matière première disponible à l’exportation deviendra plus rare et plus chère. Le Ghana risque ainsi de se retrouver dans une position de vulnérabilité structurelle s’il ne parvient pas à relancer simultanément ses propres capacités d’égrenage et de culture dans les régions du nord du pays.

Les freins structurels d’un géant industriel fragilisé

Au-delà de la seule question de la fourniture en matière première, la résurrection de la Volta Star soulève d’immenses défis de gestion interne. La crise subie par l’usine de Juapong ne découle pas uniquement d’une pénurie de fibre. L’entreprise accumule un retard technologique majeur, une dette lourde et un surcoût énergétique récurrent qui pèsent sur ses marges opérationnelles.

La compétition internationale impose des standards de productivité extrêmement élevés. L’arrivée du coton béninois au Ghana ne résoudra pas magiquement les problèmes de compétitivité face aux produits textiles asiatiques importés à bas coût. Sans une modernisation profonde du parc de machines et une révision du modèle d’affaires, la relance promise par le pouvoir politique risque de se transformer en un soutien sous perfusion financière particulièrement coûteux pour le trésor public.

L’épreuve de vérité pour l’intégration régionale

Le projet de relance de Juapong constitue un test grandeur nature pour les ambitions industrielles de la sous-région. Si le partenariat réussit, il démontrera la faisabilité des chaînes de valeur intégrées au sein de la communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Une telle coopération prouverait que les pays de la région peuvent dépasser le simple stade d’exportateurs de matières brutes vers les marchés occidentaux ou asiatiques.

À l’inverse, si l’expérience échoue en raison de tensions commerciales sur la ressource ou d’une rentabilité insuffisante de l’usine, elle mettra en lumière les limites actuelles de l’intégration continentale. La concrétisation de cet accord nécessite une vision politique partagée sur le long terme. Le succès de la Volta Star dépendra de la capacité des deux États à harmoniser leurs priorités industrielles respectives au-delà des seuls effets d’annonce.

Plus d'actualité

Adresse : Tokoin Novissi, face église Catholique Notre dame de la paix.

Récepissé : N°0121/HAAC/02-2024/Pl/P

équipe de publication

Directeur Général : FIOKLOU-TOULAN Ayivi Germain

Contact : 90 84 48 48

Directeur de publication : AZIAGBLE Dédé Epiphanie

Contact : 93 82 48 48

Copyright © Le Perroquet-Ako

Retour en haut