Lac Togo : Péril en eaux troubles

Le lac Togo est-il devenu un piège mortel pour ses propres riverains ? Après trois noyades tragiques et un sauvetage in extremis à Vo 2, la colère des communautés rurales éclate face à des travaux d’extraction de sable jugés incontrôlés. Entre trous profonds invisibles, balisage inexistant et opacité totale sur l’identité des exploitants, enquête sur un drame humain que le silence des autorités rend encore plus lourd.

Le drame et la colère des riverains de Vo 2

La tension est montée d’un cran le 12 octobre 2026. Des habitants des localités d’Agbantékopé, Agbantokopé, Kéta et Badougbé se sont massés devant la mairie de Vo 2. Leur objectif était clair : exprimer leur colère et exiger l’arrêt immédiat des travaux de dragage et d’extraction de sable sur le lac Togo.

Selon les témoignages recueillis sur place, trois personnes ont perdu la vie par noyade depuis le début des opérations, tandis qu’une quatrième a été sauvée de justesse. Les populations locales attribuent directement ces drames à la modification du relief sous-marin. Les travaux auraient creusé des fosses profondes, rendant la navigation des pirogues périlleuse et les zones de pêche imprévisibles.

Des alertes antérieures ignorées par les autorités

Ces tragédies récentes ne constituent pas un avertissement isolé. Déjà, au mois d’avril 2026, la presse locale rapportait le décès d’une femme pêcheuse, surprise par une zone de forte profondeur générée par le dragage.

Déjà à cette époque, les riverains dénonçaient le manque de transparence. Ils pointaient l’absence d’information préalable, l’absence de balisage des zones dangereuses et le manque d’encadrement des opérations. Le fait que les mêmes dangers soient signalés plusieurs mois plus tard pose une question cruciale : pourquoi les mesures de sécurité n’ont-elles pas été renforcées après la première alerte ?

Le cadre juridique et l’opacité des autorisations

Pour comprendre la situation, il faut analyser le cadre réglementaire. Les archives du Journal officiel indiquent que l’État togolais a par le passé accordé des permis d’exploitation de sable par dragage. C’est notamment le cas pour la société Ming Ming Matco, autorisée sur une portion orientale du lac à Batékopé.

Toutefois, rien ne permet formellement d’affirmer que cette entreprise est celle qui opère actuellement à Vo 2. C’est précisément là que le bât blesse. Les sources ouvertes et les registres publics ne permettent pas d’identifier avec certitude l’opérateur actif sur le site, ni de consulter les termes exacts de son cahier des charges. Cette absence de visibilité nourrit le sentiment d’abandon des communautés locales.

Entre développement économique et risques environnementaux

Le dragage d’un plan d’eau répond généralement à des objectifs précis. Il peut s’agir de désensabler le chenal pour faciliter la navigation, d’entretenir les voies fluviales ou d’extraire du sable destiné aux chantiers de construction.

Cependant, de telles interventions modifient profondément l’écosystème aquatique. La création de fosses perturbe les courants, détruit les zones de frai des poissons et fragilise les berges. Pour les pêcheurs et les riverains dont la survie dépend directement de ces eaux, ces bouleversements écologiques se traduisent par une insécurité quotidienne et une baisse de leurs ressources.

La question centrale de la responsabilité publique

Face à cette situation, l’identification des responsabilités relève du parcours du combattant. De nombreuses institutions ont une compétence théorique sur le sujet, qu’il s’agisse des ministères de l’Environnement et des Travaux publics, des agences de gestion environnementale, des préfectures ou des mairies.

Pourtant, obtenir des réponses précises de la part des entreprises ou des autorités locales s’avère souvent impossible. Dans un tel contexte, le silence des institutions devient une information en soi. Il illustre la difficulté pour les citoyens d’obtenir des comptes sur des projets qui modifient leur espace de vie.

Quand la transparence fait défaut

Le débat dépasse le cadre d’un simple accident de chantier. Il met en lumière la capacité de l’État à encadrer une activité économique à fort impact humain.

Le dragage du lac Togo ne peut pas se poursuivre dans l’opacité totale. Tant que les autorisations, les études d’impact et les mesures de sécurité ne seront pas clarifiées, les riverains continueront de percevoir ces chantiers comme un danger mortel. La prospérité économique ne saurait se construire au détriment de la vie des populations.

Plus d'actualité

Adresse : Tokoin Novissi, face église Catholique Notre dame de la paix.

Récepissé : N°0121/HAAC/02-2024/Pl/P

équipe de publication

Directeur Général : FIOKLOU-TOULAN Ayivi Germain

Contact : 90 84 48 48

Directeur de publication : AZIAGBLE Dédé Epiphanie

Contact : 93 82 48 48

Copyright © Le Perroquet-Ako

Défiler vers le haut