
Le chef de l’opposition tanzanienne Tundu Lissu a entamé une grève de la faim. Le patron du parti Chadema exige le respect de son droit constitutionnel à s’entretenir en privé avec ses avocats. À quelques jours du dénouement de son procès, cette épreuve de force remet en lumière les tensions démocratiques qui traversent le pays.
Une bataille pour le respect des droits fondamentaux
L’épreuve de force judiciaire s’est déplacée sur le terrain de la protestation physique. Le dirigeant du principal parti d’opposition tanzanien, Chadema, a décidé de refuser toute nourriture depuis ce lundi. Par cette action radicale, Tundu Lissu entend dénoncer le non-respect répété de ses droits de défense au sein de sa prison.
Pourtant, la justice avait formellement donné raison à l’opposant. La semaine dernière, la Haute Cour de Tanzanie a tranché en sa faveur. La juridiction a estimé que le refus des autorités pénitentiaires de lui accorder des visites confidentielles avec ses conseils violait la Constitution. Toutefois, les responsables du Chadema constatent que les décisions administratives peinent à s’aligner sur les ordres du juge.
Un procès pour trahison sous le regard international
Cette détention s’inscrit dans un long parcours d’affrontements entre Tundu Lissu et le régime en place. L’homme politique est une figure critique du Chama Cha Mapinduzi, la formation politique qui contrôle l’appareil d’État sans interruption depuis l’indépendance de 1961.
Visé par des attaques physiques graves, Tundu Lissu avait survécu à une tentative d’assassinat par balles en 2017. Après un long exil médical et politique à l’étranger, son retour au pays en 2023 devait marquer une ouverture du jeu démocratique. Mais son arrestation au mois d’avril 2025 a brutalement interrompu cet espoir, sur fond d’accusations d’incitation au boycott électoral.
Un procès pour trahison sous le regard international
Aujourd’hui âgé de 58 ans, l’opposant fait face à la charge la plus lourde du code pénal tanzanien. L’accusation de trahison qui pèse sur lui est légalement passible de la peine de mort. Les organisations internationales de défense des droits humains ainsi que les chancelleries étrangères suivent cette procédure avec une vive inquiétude.
Pour la direction du Chadema et les observateurs indépendants, ce procès revêt une dimension éminemment politique. Les procédures judiciaires sont perçues comme un outil destiné à neutraliser la contestation organisée. L’aboutissement de cette séquence judiciaire fixera le cadre des libertés publiques pour les années à venir.
Un verdict crucial attendu début novembre
L’issue de ce feuilleton judiciaire et politique est désormais imminente. Le tribunal doit rendre son verdict officiel le 6 novembre.
La grève de la faim entamée par Tundu Lissu place l’exécutif face à un dilemme stratégique majeur. Une dégradation de la santé du détenu amplifierait la pression internationale et la ferveur de ses partisans. La capacité de l’État tanzanien à appliquer les décisions de sa propre Haute Cour servira de test pour l’État de droit à l’approche de cette échéance cruciale.