Togo : quand l’État et les citoyens partagent le tort

Alors que l’État togolais entreprend la reprise de ses réserves administratives occupées illégalement, la question de la responsabilité se pose. Ce désordre foncier, fruit d’années de silence et de négligence, met en cause à la fois l’État et les citoyens.

Un désordre né d’un long silence

La question des réserves administratives au Togo refait surface avec vigueur. Le gouvernement a lancé une vaste opération pour reprendre le contrôle des domaines publics occupés illégalement. Pourtant, cette situation ne date pas d’hier. Pendant des années, l’État a gardé le silence sur l’emplacement et la gestion de ses propres réserves.

Faute de signalisation claire et de communication, de nombreux citoyens ont construit sans savoir qu’ils s’installaient sur des terrains publics. Certains ont même obtenu des documents officiels délivrés par des autorités locales. D’autres ont acheté de bonne foi, convaincus d’être dans la légalité. Ce long flou administratif a nourri la confusion et fragilisé la confiance entre l’État et les populations.

La responsabilité de l’État : l’absence d’anticipation

Il faut le dire : l’État a sa part de responsabilité. Créer des réserves administratives sans les protéger ni les rendre visibles, c’est entretenir l’incertitude.
Sans panneaux, sans cartographie accessible, sans campagnes d’information, la population n’avait aucun moyen de savoir que ces espaces étaient interdits à l’occupation.

Cette absence d’anticipation a permis à des intermédiaires, parfois véreux, de tirer profit du désordre foncier. Des lotissements sauvages ont vu le jour, validés par des papiers souvent contradictoires. En laissant le désordre s’installer, l’État a, d’une certaine façon, abandonné ses prérogatives de gardien du domaine public.

La responsabilité des citoyens : la précipitation et la négligence

Les citoyens ne sont pas exempts de tout reproche. Certains ont construit sans vérification préalable, séduits par des offres attractives ou par le simple besoin d’avoir un toit. D’autres savaient qu’ils s’installaient sur une réserve, mais ont pris le risque, convaincus que “personne ne viendrait les déloger”.

Cette attitude, fréquente dans un contexte de pénurie de terrains accessibles, montre aussi une crise de confiance envers l’État. Beaucoup estiment qu’il vaut mieux occuper d’abord et régulariser plus tard. Cette logique de fait accompli fragilise toute tentative de planification urbaine.

Vers une responsabilité partagée et un nouvel équilibre

Aujourd’hui, la campagne de recensement lancée par le ministère de l’Administration territoriale se veut une étape de clarification. Elle ne vise pas seulement à expulser, mais à rétablir la vérité foncière. Les occupants doivent présenter leurs documents, et les autorités doivent prouver la légitimité de leurs réserves. C’est un moment clé pour instaurer une nouvelle forme de gouvernance foncière basée sur la transparence, la communication et la rigueur administrative.

L’État doit désormais faire preuve de pédagogie et de constance. Les citoyens, eux, doivent accepter la loi et la vérification. La solution passe par une responsabilité partagée, où chacun reconnaît ses torts et ses devoirs. La crise des réserves administratives n’est pas qu’un problème de terrain, c’est un miroir du fonctionnement de l’État et du rapport du citoyen à la loi. Tant que la transparence et la confiance ne seront pas restaurées, le désordre foncier continuera de ressurgir sous d’autres formes. Reconquérir le foncier, oui — mais en même temps, reconquérir la confiance.

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