Les mines tuent encore : enfants et civils pris au piège

En 2024, 6.279 personnes ont été tuées ou blessées par des mines terrestres et des restes explosifs de guerre dans 52 pays. Il s’agit du chiffre le plus élevé depuis 2020. Parmi les victimes, 90 % sont des civils et près de la moitié sont des enfants. Ces chiffres révèlent l’ampleur du drame humanitaire causé par ces armes, souvent oubliées mais extrêmement dangereuses.

L’augmentation des victimes résulte de l’usage des mines dans des conflits récents comme en Birmanie, en Ukraine et en Syrie. Elle reflète aussi une baisse du financement international pour le déminage. La Campagne internationale pour l’interdiction des mines terrestres (ICBL) estime que ces développements montrent « une dangereuse érosion de la norme internationale qui a sauvé d’innombrables vies depuis 1999 ». Tamar Gabelnick, directrice de l’ICBL, affirme que « les progrès déjà accomplis sont trop importants et le coût humain est tout simplement trop élevé ».

Les civils en première ligne

Les civils paient le prix fort. Ils sont souvent victimes lorsqu’ils retournent chez eux après un conflit ou pour assurer leur subsistance. En Birmanie, ravagée par la guerre civile, 2.029 personnes ont été tuées ou blessées en 2024, ce qui en fait le pays le plus touché pour la deuxième année consécutive. La Syrie suit avec 1.015 victimes, alors que les populations essaient de reconstruire leurs villes.

Les enfants sont particulièrement exposés. En jouant ou en se déplaçant dans les zones contaminées, ils représentent près de la moitié des victimes civiles. Les conséquences sont lourdes : blessures graves, amputations, traumatismes psychologiques, interruption de la scolarité et marginalisation sociale. Les mines ne tuent pas seulement, elles détruisent des vies sur le long terme.

Conflits contemporains et usage stratégique des mines

L’ICBL indique que l’augmentation des victimes provient surtout de mines utilisées par des pays non signataires du traité, comme la Birmanie, la Syrie et la Russie. Le rapport mentionne également une utilisation par l’Ukraine, partie au traité. Depuis février 2022, la Russie aurait déployé ces armes de manière intensive en Ukraine. Le rapport note « des indices suggérant » un usage par l’Ukraine également.

Ces mines servent à contrôler des territoires ou à ralentir les mouvements ennemis. Mais elles touchent largement les civils. Elles restent actives des années après la fin des combats, transformant routes, champs et villages en zones mortelles.

Financement en baisse et déminage menacé

La situation s’aggrave avec la diminution du financement international pour le déminage. Les bailleurs de fonds, confrontés à leurs propres priorités, ont réduit leur aide humanitaire. Les États-Unis, principal donateur mondial mais non-signataire du traité d’Ottawa, ont réduit leur soutien depuis le retour de Donald Trump à la présidence.

Cette baisse a un effet direct. La surface totale déminée a diminué en 2024, laissant des millions de mètres carrés contaminés et exposant les populations à de nouveaux risques. L’ICBL alerte que si cette tendance se poursuit, les progrès réalisés depuis plus de vingt-cinq ans risquent d’être annulés.


Une urgence humanitaire et diplomatique

Face à cette crise, la communauté internationale doit agir rapidement. La protection des civils doit redevenir la priorité. Il faut renforcer le financement du déminage, surveiller les zones contaminées et mettre en place des programmes d’éducation sur les dangers des mines.

Les États doivent respecter et renforcer le traité d’interdiction des mines antipersonnel, qui a sauvé des milliers de vies depuis 1999. Le retrait de certains pays de l’OTAN, motivé par des raisons stratégiques face à la Russie, fragilise cette norme et met en danger les populations civiles. Chaque mine non neutralisée reste une menace quotidienne. Les enfants, les agriculteurs et les familles vivent avec un danger invisible mais mortel. L’enjeu est clair : il n’est pas question de revenir en arrière.

Le bilan de 2024 rappelle la tragédie persistante des mines et des restes explosifs de guerre. Les 6.279 victimes, dont une majorité de civils et de nombreux enfants, illustrent la vulnérabilité humaine face à ces armes. Sans un financement accru et un engagement international renforcé, la situation risque de s’aggraver. Chaque retard dans les opérations de déminage représente une vie supplémentaire exposée au danger. La protection des populations civiles, l’éducation, le déminage et le respect des normes internationales doivent redevenir des priorités mondiales. L’heure est à l’action pour sauver des vies et éviter que l’histoire ne se répète.

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