Dette du Togo : Entre exigences du FMI et risque de choc social

L’arbitrage entre orthodoxie financière et impératifs de développement n’a jamais été aussi complexe. En effet, l’économie nationale se trouve à la croisée des chemins face à une contrainte budgétaire sans précédent. Dans une contribution publiée le 15 septembre 2026, le Département Économie de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) soulève un débat de fond. Le parti interroge le coût humain et social de la politique d’endettement. Alors que les institutions internationales saluent les efforts d’assainissement, la pression exercée sur les finances publiques menace directement le niveau de vie de la population au Togo.

L’accord avec le FMI : Les contraintes d’une rigueur assumée

Pour comprendre les marges de manœuvre actuelles, il faut remonter au 1er mars 2024, date de signature d’un accord sur 42 mois avec le FMI au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC). Ce programme vise à restaurer les équilibres macroéconomiques et à mobiliser davantage de ressources fiscales.

En juin 2026, le Conseil d’administration du FMI a validé les troisième et quatrième revues conjointes, débloquant plus de 100 millions de dollars supplémentaires. Au total, les décaissements cumulés atteignent près de 300 millions de dollars. Ce soutien financier apporte un ballon d’oxygène à la trésorerie nationale. Cependant, il impose en contrepartie des réformes structurelles exigeantes. Les critères du FMI poussent en effet à un redressement rapide des comptes publics. Or, cette trajectoire d’austérité réduit considérablement les dépenses d’investissement au Togo.

Le piège du service de la dette : Quand la fiscalité finance les créanciers

Le diagnostic de la Banque mondiale et du FMI classe certes le pays en risque modéré de surendettement exterior et global. Néanmoins, les données publiées par le ministère des Finances traduisent un essoufflement dramatique de la trésorerie publique.

En effet, le service de la dette a absorbé plus de 85 % des recettes fiscales au cours de l’année 2026. Cette situation signifie que la quasi-totalité des impôts collectés sert désormais à rembourser les créanciers plutôt qu’à financer les écoles, les hôpitaux ou l’agriculture. Pour tenir ses engagements envers les bailleurs, l’exécutif applique un plan axé sur la hausse des recettes et la rationalisation des exonérations de TVA. Or, la CDPA rappelle que ces prélèvements ne sont pas socialement neutres. Lorsqu’un État augmente la fiscalité indirecte, la charge retombe invariablement sur les ménages modestes, les paysans et les petites entreprises du Togo.

De l’ajustement comptable à la réalité sociale : Qui doit supporter l’effort ?

Ce choc fiscal pose une question politique fondamentale que soulevait déjà la Constitution togolaise dans son article 24 : le principe d’équité et de progressivité de l’impôt.

En effet, la CDPA refuse que l’ajustement budgétaire transforme la population en variable d’ajustement. L’effort demandé pour résorber la dette ne peut pas peser sur ceux qui n’ont pas pris les décisions d’emprunt. L’analyse des données de dette montre d’ailleurs que des écarts importants d’accumulation sont survenus entre 2017 et 2024, nécessitant des régularisations a posteriori. Si le FMI exige une meilleure couverture des risques, notamment la dette des entreprises publiques comme la CEET ou le Port autonome de Lomé, les citoyens doivent aussi savoir précisément quelles opérations ont alourdi la note finale. Réduire des privilèges fiscaux inutiles est une priorité. En revanche, sacrifier la protection sociale au profit du remboursement des emprunts constituerait une erreur stratégique pour le Togo.

Redresser pour transformer : Préserver le modèle de développement national

Finalement, le débat autour de la réflexion de la CDPA ne remet pas en cause la légitimité des engagements internationaux de l’État. Il s’agit plutôt de réaffirmer la souveraineté économique de la Nation.

La crédibilité financière ne doit pas devenir une fin en soi. Le pays prépare son cadre de développement 2026-2031 et sa Vision 2040 pour accélérer la transformation structurelle de son économie. Or, il est impossible de construire une croissance durable en affaiblissant le capital humain et les infrastructures productives. Comme le rappelaient les représentants de l’Union africaine lors de la Conférence sur la dette tenue à Lomé en mai 2025, l’emprunt responsable doit s’accompagner d’une transparence absolue et d’un contrôle démocratique. Le gouvernement doit donc partager l’intégralité des données de dette avec l’Assemblée nationale. Pour assurer son avenir, l’État doit redresser ses finances pour transformer le pays, et non ajuster le Togo pour satisfaire ses créanciers.

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