
Au cœur des débats économiques nationaux, l’endettement de l’État ne représente plus une simple préoccupation de techniciens ou de financiers. En effet, la trajectoire financière du pays interpelle désormais directement l’ensemble des citoyens. Dans un document d’analyse publié le 15 septembre 2026, le Département Économie de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) livre un diagnostic sans concession. La formation politique pose un principe fondamental : toute dette contractée au nom de la Nation doit être connue et validée par le peuple. Alors que le service de la dette absorbe une part étouffante des ressources publiques, l’exigence de transparence s’impose comme un impératif démocratique majeur au Togo.
L’étau des chiffres : Une contrainte financière devenue étouffante
Pour prendre la mesure du problème, il convient d’examiner les données officielles publiées conjointement par la Banque mondiale et le FMI. Certes, les institutions internationales classent le pays en risque modéré de surendettement extérieur et global. Cependant, la réalité comptable révèle des tensions très vives sur la trésorerie nationale.
En effet, le ratio de la dette publique représentait environ 64,9 % du PIB à la fin de l’année 2025. Plus préoccupant encore, le ministère des Finances révélait au printemps 2026 que le service de la dette absorbait plus de 85 % des recettes fiscales. Par conséquent, la marge de manœuvre budgétaire s’amenuise drastiquement pour financer les services sociaux essentiels et les investissements d’infrastructures. Pour faire face à cette contrainte, le gouvernement a engagé un plan d’assainissement fondé sur la mobilisation accrue des recettes et l’élargissement de l’assiette fiscale. Néanmoins, cette pression fiscale retombe inévitablement sur les ménages, les petites entreprises et les couches les plus vulnérables du Togo.
Les zones d’ombre du passif : Emprunts omis et résidus inexpliqués
Au-delà de la charge financière, la CDPA met en lumière des failles persistantes dans la gouvernance des comptes publics. L’analyse des rapports du FMI montre en effet que la dette publique a dû faire l’objet de révisions rétroactives.
Par exemple, à la fin de l’année 2023, le stock de dette a été révisé à la hausse en raison de l’intégration tardive de deux emprunts intérieurs jusqu’alors omis des statistiques officielles. De plus, sur la période 2017-2023, les analystes ont constaté une accumulation de dette dépassant de plusieurs points de PIB ce que les déficits budgétaires enregistrés pouvaient expliquer. Même si des rapprochements comptables ultérieurs ont permis de réduire ces écarts, ces anomalies posent une question de fond. Comment le citoyen peut-il faire confiance aux arbitrages budgétaires si le périmètre réel de l’endettement subit de telles régularisations a posteriori ? Pour la CDPA, une dette omise ou inexpliquée ne peut pas se transformer silencieusement en une facture fiscale imposée à la population.
Entre discours de redevabilité et réalité du contrôle parlementaire
Cette situation crée un contraste saisissant avec les orientations politiques affichées par le pouvoir exécutif. Lors de son discours sur l’état de la Nation en décembre 2025, le président Faure Gnassingbé affirmait que la nouvelle République devait reposer sur davantage de débat, de redevabilité et de transparence.
Or, sur le terrain législatif, le contrôle effectif des engagements financiers reste largement insuffisant. Pourtant, la loi organique relative aux lois de finances rappelle explicitement que les emprunts à moyen et long terme doivent être autorisés par la représentation nationale. Un pays ne peut revendiquer sa souveraineté économique si son Parlement ne dispose pas d’une cartographie exhaustive des engagements pris au nom de l’État. Cela concerne non seulement l’administration centrale, mais aussi les garanties accordées et les dettes portées par les grandes entreprises publiques comme la CEET, la TdE ou le Port autonome de Lomé au Togo.
Exiger la vérité des comptes pour protéger le modèle social
Face à ces constats, le plaidoyer de la CDPA ne constitue pas un appel au refus de rembourser les créanciers. Il s’agit plutôt de réordonner les priorités nationales. L’assainissement des finances publiques ne doit pas servir de prétexte pour faire de l’école, de la santé ou de l’agriculture les variables d’ajustement du remboursement.
La Constitution togolaise rappelle d’ailleurs dans son article 24 que la contribution aux charges publiques doit reposer sur un système fiscal juste, égalitaire et progressif. Dès lors, le gouvernement doit rendre accessible au grand public le rapport analytique sur l’accumulation de la dette entre 2017 et 2024. Avant de voter tout nouvel engagement majeur, un véritable débat citoyen doit s’ouvrir. Redresser les comptes de l’État doit servir à transformer l’économie nationale, et non à transférer le poids des erreurs de gestion sur ceux qui disposent du moins de moyens au Togo.