
L’offensive sécuritaire Mali domine les discours officiels ces dernières semaines. Les autorités affirment que l’armée reprend l’initiative. Pourtant, les pénuries de carburant persistent. Entre opérations militaires, soutien russe et blocus djihadiste, le pays avance dans une zone grise où les annonces triomphales se heurtent à une réalité beaucoup plus fragile.
Une armée offensive, mais un quotidien sous pression
Le gouvernement répète que les forces maliennes progressent sur tous les fronts. Selon Moussa Ag Acharatoumane, membre de la Commission Défense de la transition, l’armée frappe plus loin et plus vite qu’auparavant. Le ton est confiant, parfois martial. Cependant, Bamako reste asphyxiée. Les stations-service ferment. Les files s’allongent. L’électricité devient instable. La crise du carburant au Mali façonne le quotidien. Elle ralentit l’économie. Elle fragilise les foyers.
Le blocus du JNIM, actif depuis septembre, continue de bloquer les camions-citernes en provenance de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Le groupe djihadiste menace désormais de considérer les chauffeurs comme des cibles militaires. Le contraste est net : une armée qualifiée d’« offensive », mais une capitale toujours vulnérable à un simple étau logistique.
AES, Russie : un nouvel axe stratégique affirmé
Pour expliquer cette dynamique, Bamako met en avant plusieurs éléments : des opérations spéciales, des convois qui parviennent à entrer dans la capitale et l’appui politique et logistique des pays de l’AES. Les autorités insistent aussi sur la présence de partenaires russes. Ils participent à la sécurisation des axes et appuient les forces maliennes. Cet axe AES–Russie se présente comme une alternative stratégique. Il s’agit d’un partenariat que les autorités décrivent comme plus engagé que les anciens alliés occidentaux.
Cependant, cette narration comporte des zones d’ombre. Les opérations militaires sont difficiles à vérifier. Les accès à certaines régions restent limités. Les sources indépendantes se font plus rares. Ce qui apparaît en revanche avec clarté, c’est l’ancrage croissant du Mali dans une dynamique militaire et diplomatique centrée sur Moscou, Niamey et Ouagadougou.
Le JNIM évite les villes, mais contrôle les routes
Les autorités affirment qu’aucune localité n’est aujourd’hui sous contrôle du JNIM. Le terrain montre une stratégie différente. Le groupe djihadiste ne cherche plus nécessairement à administrer des localités. Il préfère contrôler les routes, perturber les flux et imposer des blocus.
Cette approche permet au JNIM de peser sur l’économie sans tenir de villes. Le blocus du carburant illustre cette méthode. Le mouvement n’a plus besoin de s’emparer d’un territoire pour fragiliser l’État. Il lui suffit de couper ses artères vitales. Ainsi, la victoire proclamée ressemble parfois à une bataille de récits plus qu’à un réel changement du rapport de force.
Un pays pris entre promesses et vulnérabilité logistique
Face aux pénuries, les autorités durcissent leur communication. Elles dénoncent une « cabale médiatique » et transforment chaque arrivée de citernes en succès stratégique. Pour la population, l’inquiétude demeure : combien de temps ces pénuries vont-elles durer ? La transition joue une part essentielle de sa crédibilité sur ce point précis.
Pendant que la junte tente de transformer le discours en réalité palpable, les djihadistes misent sur l’épuisement logistique. La Russie renforce son rôle d’allié militaire. L’AES se structure. Le Mali évolue ainsi dans un équilibre fragile, entre affirmation sécuritaire, dépendance énergétique et pression djihadiste. L’armée proclame l’offensive. Le terrain, lui, reste sous tension.





