Lutte antiterroriste au Sahel : un appel urgent à reconstruire la confiance régionale

La lutte antiterroriste au Sahel entre dans une phase critique. Les attaques djihadistes se multiplient au Mali, au Burkina Faso et au Niger, au point que l’ONU évoque désormais un « effet domino » susceptible d’ébranler l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. L’appel lancé par Antonio Guterres souligne l’urgence sécuritaire, mais révèle surtout une fracture profonde : la confiance entre les États du Sahel s’est effondrée.

Un Sahel au bord de l’embrasement

Les chiffres publiés par l’ONU dressent un tableau implacable. Les attaques ont presque triplé en six ans dans la zone Mali–Burkina Faso, passant d’environ 1 900 événements recensés en 2019 à plus de 5 500 en 2024. Avant même le mois d’octobre 2025, plus de 3 800 incidents violents avaient déjà été comptabilisés. La région concentre près d’un cinquième des attaques terroristes mondiales, mais surtout plus de la moitié des victimes liées au terrorisme à l’échelle internationale. Ces données placent le Sahel parmi les espaces les plus meurtris du globe.

La progression fulgurante des groupes armés s’explique par l’effondrement des services publics, par des conflits locaux instrumentalisés, mais aussi par le retrait de plusieurs forces étrangères, qui a laissé derrière lui de vastes zones sous-administrées où les djihadistes ont rapidement consolidé leur contrôle.

Méfiances, rivalités, ruptures : un espace politique fragmenté

Si les groupes djihadistes gagnent du terrain, c’est aussi parce que les États de la région peinent à coopérer. Omar Alieu Touray, président de la Commission de la CEDEAO, évoque un niveau inédit de suspicion entre les différents acteurs. Depuis la succession de coups d’État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les liens politiques et stratégiques se sont distendus. Les divergences sur les partenariats militaires, la création de nouvelles alliances concurrentes et les crispations diplomatiques récurrentes ont affaibli la capacité collective à élaborer une stratégie cohérente.

La lutte antiterroriste ne se heurte donc pas seulement à la montée en puissance des groupes armés. Elle se heurte d’abord à la fragmentation politique de la région, où chacun revendique sa propre voie au détriment d’une action unifiée. Les djihadistes, eux, exploitent chaque brèche laissée par ces rivalités.

Un appel à l’unité, freinée par les blocages politique

L’appel à une coopération retrouvée masque une réalité complexe. Les transitions politiques militaires avancent à des rythmes différents. Les alliances créées en réaction à la pression régionale se superposent sans se compléter. Les États contestent la légitimité des organisations qui devraient les fédérer. Dans ces conditions, les populations, souvent abandonnées à leur sort, perdent confiance dans des institutions incapables de leur offrir une protection minimale. Le paradoxe est brutal : jamais la coopération n’a été aussi indispensable, jamais elle n’a semblé aussi difficile à réaliser.

Une équation dangereuse pour l’Afrique de l’Ouest

L’ONU prévient que l’absence de coordination pourrait entraîner toute l’Afrique de l’Ouest dans une spirale de déstabilisation. Les groupes armés menacent de déborder les frontières sahéliennes. Les crises humanitaires s’aggravent à mesure que les déplacements forcés augmentent. L’effondrement économique pousse de nombreux jeunes vers les réseaux armés. Les systèmes politiques fragilisés peinent à répondre aux défis qui s’accumulent.

La lutte antiterroriste au Sahel révèle ainsi une vérité essentielle : l’efficacité militaire dépend d’abord de la capacité des États à se faire confiance et à travailler ensemble. Tant que cette confiance restera fissurée, aucune stratégie, aucun renforcement de capacité ne suffira à inverser la dynamique.

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