Cameroun : le trafic d’or contourne la sécurité des aéroports

Le Cameroun fait face aujourd’hui à un défi économique majeur qui se résume en un chiffre saisissant. En effet, à peine 5 % de la production nationale d’or parviendrait à être écoulée via des circuits légaux. Tout le reste s’évanouit dans la nature et alimente des réseaux clandestins hautement lucratifs. Pourtant, les infrastructures de sortie du territoire affichent un niveau de surveillance sans précédent. Derrière les vitrines technologiques des aéroports internationaux du pays, les failles du système interrogent les observateurs.

Le BIR au cœur des pistes à Douala et Yaoundé

Depuis 2019, la gestion de la sécurité aéroportuaire à Douala et à Yaoundé a changé d’ère. Le contrôle des plateformes repose désormais sur l’Airport Security Unit (ASU). Cette entité stratégique est directement dirigée par des officiers du Bataillon d’intervention rapide (BIR), l’unité d’élite de l’armée.

Pour verrouiller les accès, l’ASU s’adosse à un dispositif moderne. Ce dernier mêle un système strict de badges et une vidéosurveillance de pointe. Ce protocole global est d’ailleurs formellement validé par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). En théorie, les passerelles aériennes du Cameroun sont devenues de véritables forteresses face aux menaces extérieures.

Un scanner impuissant face aux flux inverses

C’est ici que s’installe un paradoxe déroutant. Le dispositif démontre une efficacité réelle pour bloquer l’importation illégale d’armes sur le territoire. En revanche, la machine semble éprouver une singulière impuissance face aux flux inverses. Elle ne parvient pas à stopper les richesses qui quittent illégalement le pays.

Depuis la création de l’ASU en 2019, plusieurs cargaisons d’or ont été interceptées dans ces mêmes aéroports. Le plus troublant reste la méthode de détection. Ces saisies n’ont pas été le fruit d’un ciblage méthodique des services de renseignement, mais le simple résultat du hasard. Plus grave encore, le suivi institutionnel de ces affaires pose question. À ce jour, aucune de ces interceptions fortuites n’a réussi à déboucher sur une procédure judiciaire aboutie.

Les angles morts de la surveillance aéroportuaire

Comment expliquer qu’un métal si précieux passe entre les mailles d’un filet contrôlé par l’élite militaire ? L’explication se trouve dans les ramifications souterraines de ce commerce illégal. Les circuits d’exportation clandestine ne reposent pas uniquement sur l’ingéniosité des passeurs. Au Cameroun, ils s’appuient avant tout sur de lourdes complicités internes. Ces réseaux touchent à la fois les structures policières et les représentations consulaires.

À cela s’ajoute une faille structurelle dans la sécurité aéroportuaire. Une partie du système de contrôle est confiée à des prestataires privés directement liés à un réseau israélien. Étrangement, cette sous-traitance hautement stratégique n’a jamais fait l’objet d’un audit global indépendant. Entre failles administratives et complicités internes, les ressources du pays continuent de s’envoler.

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