
Le rôle des femmes dans l’indépendance du Togo a souvent été méconnu. Pourtant, dès les premières mobilisations des années 1930, elles se sont imposées comme des actrices incontournables de la contestation sociale et politique. Commerçantes, militantes, émissaires, ces femmes ont façonné les réseaux, financé les mouvements et défié l’ordre colonial, posant les bases de la souveraineté nationale.
Les premières révoltes féminines : janvier 1933
Bien avant les luttes organisées pour l’indépendance, les femmes de Lomé se sont illustrées par leur audace. En janvier 1933, elles protestèrent contre les lois oppressives du gouvernement colonial. Le mécontentement venait des arrestations de leurs maris, qui avaient manifesté contre leur licenciement, et des taxes jugées abusives.
Pour faire face à la crise économique de 1929, l’administration imposait des taxes sur les chiens, sur la salubrité publique, augmentait celles des places du marché et licenciait le personnel administratif indigène. Les femmes révoltées marchèrent à travers la capitale, chantant et scandant des injures contre le pouvoir colonial, et se rendirent jusqu’au palais du gouverneur pour réclamer la libération de leurs maris et la suspension des taxes.
Face à cette mobilisation, le gouvernement fut contraint de céder : les Duawo furent libérés et toutes les nouvelles charges suspendues. Cet épisode démontre que le rôle des femmes dans la contestation politique et sociale au Togo remonte bien avant la structuration formelle du mouvement indépendantiste et qu’elles pouvaient obtenir des résultats tangibles.
Les Nanas Benz : puissance économique et soutien politique
Dans les années 1940 et 1950, le rôle des femmes dans l’indépendance du Togo s’ancre dans l’économie. Les Nanas Benz, commerçantes de pagne à Lomé, deviennent des figures incontournables. Issues de milieux modestes, elles établissent des liens directs avec les producteurs de wax et créent un véritable monopole régional. Leur réussite leur permet de soutenir financièrement les partis indépendantistes et de peser sur la scène politique.
Eunice Adabunu, née en 1919, débute à 11 ans en vendant beignets et perles. À 47 ans, sa fortune lui permet de soutenir le Comité de l’unité togolaise et Sylvanus Olympio, en finançant études et déplacements des militants. Elle s’investit aussi dans l’éducation des jeunes femmes via l’Union des Femmes Togolaises.
Émissaires et stratèges : Atakpaméto et les communications secrètes
Dopévi Dagbé, alias Atakpaméto, née en 1919, joue le rôle d’émissaire. Elle transmet des messages entre leaders au Togo et jusqu’au Ghana, cachant les documents dans son Godédjin pour franchir les postes de contrôle. Sa stratégie démontre que le rôle des femmes dans l’indépendance n’était pas passif : elles ont été des actrices intelligentes et audacieuses, indispensables à la coordination du mouvement.
Lucia Bayi : l’audace incarnée
Lucia Bayi, née en 1913, est une militante emblématique du Comité de l’unité togolaise. En 1952, enceinte, elle marche jusqu’à Aného pour un rassemblement interdit et est blessée par les forces coloniales. En 1957, elle transmet un mémorandum à une délégation de l’ONU en se déguisant, contournant la surveillance. Son engagement illustre le courage et la détermination qui caractérisent ces militantes.
Une mobilisation collective et décisive
D’autres figures comme Patience Sanvee, Dédé Rose Creppy, Laura Doe Bruce, Nadou Lawson ou Ayélé Santana complètent ce tableau. Elles financent des études, soutiennent les déplacements des leaders et structurent les réseaux de mobilisation. Le rôle des femmes dans l’indépendance du Togo est donc économique, social et stratégique, et leur influence a été décisive pour le succès du mouvement nationaliste.
Une mémoire à compléter
Malgré leur rôle central, ces femmes sont souvent absentes des archives officielles. Les récits historiques privilégient les hommes et relèguent les contributions féminines au second plan. Pourtant, leur engagement, leurs stratégies et leur courage constituent un héritage politique et social essentiel, aujourd’hui encore insuffisamment reconnu.
Le 27 avril 1960 marque l’indépendance du Togo. Derrière cet événement, le rôle des femmes dans l’indépendance du Togo apparaît comme fondamental. Des premières révoltes de 1933 aux stratégies audacieuses d’Eunice Adabunu, Atakpaméto et Lucia Bayi, ces héroïnes de l’ombre ont façonné l’histoire nationale et méritent une reconnaissance totale. Leur détermination et leur engagement démontrent que l’indépendance togolaise est indissociable de la bravoure des femmes.