Guinée : une élection de légitimation plus que de compétition

L’élection présidentielle qui a porté le général Mamadi Doumbouya à la tête de la République de Guinée, avec 86,72 % des suffrages exprimés selon les résultats provisoires, s’inscrit moins dans une logique de compétition démocratique que dans une dynamique de légitimation du pouvoir en place.

Une opposition neutralisée en amont

Quatre ans après le coup d’État de 2021 ayant renversé Alpha Condé, ce scrutin devait marquer l’aboutissement de la transition militaire. Mais pour de nombreux observateurs, il a surtout consacré la domination politique du chef de la junte dans un paysage électoral profondément déséquilibré.

Avant même l’ouverture des bureaux de vote, le rapport de forces était largement en faveur du pouvoir. Plus de cinquante partis politiques ont été dissous, plusieurs figures majeures de l’opposition ont été exclues du processus pour des motifs techniques ou contraintes à l’exil, et la société civile a vu son espace d’expression considérablement réduit.

Dans ces conditions, les huit autres candidats en lice ne disposaient ni de la visibilité, ni de l’ancrage politique nécessaires pour constituer une alternative crédible. La victoire de Mamadi Doumbouya apparaît ainsi comme le résultat d’un scrutin sans véritable adversité, davantage que comme l’expression d’un choix pluraliste.

Un score écrasant, symbole d’un scrutin verrouillé

Le score de 86,72 %, combiné à un taux de participation officiel de 80,95 %, renforce les interrogations sur la nature réelle du processus électoral. Dans un pays traversé par de fortes tensions sociales et économiques, un tel résultat rappelle davantage les consultations de confirmation que les élections concurrentielles.

Pour les critiques du régime, ce plébiscite électoral sert avant tout à conférer une façade civile et constitutionnelle à un pouvoir issu des armes, sans remettre en cause les mécanismes de contrôle politique instaurés depuis le coup d’État.

L’élection comme outil de consolidation du pouvoir

Loin de redistribuer les cartes politiques, ce scrutin semble avoir consolidé l’ordre existant. Mamadi Doumbouya, désormais élu président, bénéficie d’une légitimité institutionnelle renforcée, tout en conservant l’appui des forces armées et le contrôle des principales institutions.

Cette élection apparaît ainsi comme une étape stratégique : elle permet au régime de tourner formellement la page de la transition, tout en maintenant une forte centralisation du pouvoir et un encadrement strict du jeu politique.

Une légitimité électorale face aux défis sociaux

Reste désormais à savoir si cette légitimité électorale, contestée sur le plan politique, pourra se traduire en réponses concrètes aux défis majeurs du pays. Malgré ses importantes ressources minières, la Guinée demeure confrontée à une pauvreté massive et à une insécurité alimentaire croissante, touchant près de la moitié de sa population selon le Programme alimentaire mondial.

Pour Mamadi Doumbouya, l’enjeu dépasse désormais la reconnaissance institutionnelle : il s’agit de transformer une victoire électorale largement acquise en légitimité sociale durable, dans un pays où les attentes économiques restent immenses.

Plus d'articles

Adresse : Tokoin Novissi, face église Catholique Notre dame de la paix.

Récepissé : N°0121/HAAC/02-2024/Pl/P

équipe de publication

Directeur Général : FIOKLOU-TOULAN Ayivi Germain

Contact : 90 84 48 48

Directeur de publication : AZIAGBLE Dédé Epiphanie

Contact : 93 82 48 48

Copyright © Le Perroquet-Ako

Retour en haut