Nigéria : une libération qui ne masque plus la faillite sécuritaire

Dimanche 21 décembre 2025, le gouvernement nigérian a confirmé la libération des 130 derniers élèves encore retenus en captivité après l’attaque de l’internat catholique de Papiri, dans l’État du Niger. Cette annonce met fin à plusieurs semaines d’angoisse pour les familles, un mois après l’enlèvement massif survenu le 21 novembre. Les enfants doivent rejoindre leurs proches à Minna avant les fêtes de fin d’année, selon la présidence nigériane .

Papiri, un épisode parmi d’autres

Cette libération intervient après celle d’une centaine d’élèves au début du mois de décembre. Elle s’ajoute aussi à l’évasion d’environ cinquante enfants dans les heures qui ont suivi l’attaque. Au total, environ 230 élèves ont donc retrouvé la liberté, par des voies différentes. En revanche, le sort exact des membres du personnel reste flou. Les autorités n’ont pas encore donné de version détaillée et unifiée à leur sujet.

Cependant, l’affaire de Papiri ne constitue pas un cas isolé. Depuis plusieurs années, le nord et le nord-ouest du Nigéria subissent une vague persistante d’enlèvements de masse. Des groupes armés locaux, souvent qualifiés de « bandits », ciblent des écoles, des villages ou des axes routiers. Leur objectif est clair : obtenir des rançons.

Quelques jours avant l’attaque de Papiri, une autre école de l’État de Kebbi avait déjà été prise pour cible. Là aussi, des élèves avaient été enlevés avant d’être libérés. Ces événements rappellent inévitablement le traumatisme de Chibok, en 2014, lorsque Boko Haram avait kidnappé 276 lycéennes. Onze ans plus tard, près de quatre-vingt-dix d’entre elles restent portées disparues, et le phénomène n’a jamais disparu.

Une violence devenue économique

Contrairement aux attaques djihadistes du passé, ces enlèvements répondent aujourd’hui surtout à une logique financière. Les groupes armés exploitent la faiblesse sécuritaire et la pauvreté rurale. Ils savent que les écoles offrent des cibles faciles et médiatiques.

Officiellement, l’État nigérian nie le paiement de rançons. Pourtant, sur le terrain, des sources locales évoquent régulièrement des négociations indirectes. Ces arrangements, même discrets, entretiennent un cercle vicieux. Chaque libération réussie renforce l’attractivité du kidnapping comme modèle économique.

Une faillite sécuritaire persistante

Par ailleurs, la multiplication des attaques met en lumière les limites de la réponse étatique. Malgré des annonces répétées, l’armée et la police peinent à contrôler de vastes zones rurales. Les groupes armés profitent de forêts difficiles d’accès et de frontières internes poreuses.

Les conséquences dépassent largement le cadre sécuritaire. Dans de nombreuses régions, des écoles ferment temporairement. Des parents hésitent à scolariser leurs enfants. Des enseignants réclament des garanties supplémentaires. À long terme, c’est tout le système éducatif rural qui vacille.

Une libération, pas une solution

Certes, la libération des élèves de Papiri constitue un immense soulagement. Les retrouvailles effacent, pour un temps, la peur et la colère. Mais elles ne règlent rien sur le fond. Tant que l’insécurité restera rentable, d’autres écoles seront menacées.

Pour de nombreux experts nigérians, seule une approche globale peut inverser la tendance. Elle passe par le renforcement des forces locales, la lutte contre la pauvreté, une meilleure gouvernance et une coopération régionale accrue. Sans cela, chaque libération restera une victoire fragile, et chaque école, une cible potentielle.

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