Si la France coupait le cordon : Miracle ou chaos économique ?

L’avenir du Franc CFA suscite actuellement un débat d’une intensité rare. Cette question cruciale secoue le monde de l’économie togolaise. Deux figures de proue de la réflexion monétaire s’affrontent. D’un côté, le Professeur Kako Nubukpo, ancien directeur à la BCEAO, plaide pour une rupture franche. Il invite régulièrement Paris à retirer sa garantie financière pour tester la maturité de la zone. De l’autre côté, l’économiste et chercheur Michel Nadim Kalife s’y oppose. Il affiche une prudence implacable face à cette audace politique. Une rupture unilatérale du cordon monétaire déboucherait-elle sur un miracle ou sur un chaos financier ?

L’avertissement de Michel Nadim Kalife face au risque de spéculation

Michel Nadim Kalife sonne l’alarme dans une note publique rédigée en réponse directe aux thèses de Kako Nubukpo. L’économiste qualifie ce projet de saut dans le vide sans filet de sécurité. Il affirme textuellement que si la France retirait sa garantie à la parité fixe du fcfa avec l’euro aussitôt les spéculateurs videraient les réserves monétaires de la BCEAO et le FCFA CHUTERAIT INDÉFINIMENT.

La fin abrupte du cadre actuel détruirait instantanément la confiance des marchés internationaux. Privée de son bouclier protecteur historique, la monnaie commune deviendrait la cible d’attaques spéculatives massives. Cela entraînerait une fuite des capitaux hors de la zone et une dévaluation incontrôlée. Les ménages africains seraient les premières victimes de cette inflation galopante.

La dévaluation comme outil souverain d’industrialisation

Pourtant, il serait erroné de classer Michel Nadim Kalife parmi les partisans d’un statu quo passif. Sa position s’avère bien plus subtile et pragmatique. La parité fixe n’est pas un dogme intouchable ni une fatalité coloniale. Elle reste un outil macroéconomique que les dirigeants africains peuvent manier légalement. L’économiste précise à ce sujet que quant à la parité du FCFA avec l’euro les chefs d’Etat peuvent convenir de la modifier si besoin est.

Il lie d’ailleurs le destin de la monnaie à une ambition industrielle commune. Il affirme que par exemple si l’ensemble des pays membres décidaient de s’industrialiser une dévaluation serait indispensable pour booster les exportations et freiner les importations. La redéfinition de la valeur de la monnaie doit s’inscrire dans une stratégie souveraine planifiée.

Les vérités de l’économie réelle derrière les réserves de change

Le journaliste doit apporter des éclairages factuels essentiels pour nourrir ce débat au sein de l’économie togolaise. Rappelons d’abord une vérité historique majeure. La Banque Centrale Européenne n’a jamais accepté de garantir le Franc CFA. Le Trésor français s’est donc porté garant tout seul pour maintenir l’équilibre du système.

De plus, la santé financière actuelle de la zone ne découle pas d’une charité extérieure. L’augmentation constante des réserves globales de la BCEAO provient exclusivement de l’économie réelle de nos nations. Elle est portée par la formidable hausse du prix du cacao et la forte production d’or de nos sous-sols. Ce choc de doctrines entre Kako Nubukpo et Michel Nadim Kalife prouve que la transition vers l’ÉCO exige plus qu’une simple révolution sémantique.

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