Togo : la filière anacarde face au défi de la transformation

Au Togo, l’agriculture de rente s’impose actuellement comme un pilier stratégique pour la croissance. Parmi les cultures en pleine expansion, la filière de l’anacarde suscite de grands espoirs économiques. Les autorités publiques louent régulièrement le dynamisme et l’engagement des producteurs nationaux. Les volumes de noix de cajou récoltés augmentent de façon constante chaque année. Cette performance agricole permet d’injecter des capitaux frais dans les milieux ruraux du pays. Lomé ambitionne d’ailleurs de devenir un acteur incontournable de ce secteur en Afrique de l’Ouest. Pourtant, cette embellie statistique cache une réalité industrielle beaucoup plus fragile. La richesse générée par l’or gris de la savane profite principalement à des opérateurs extérieurs. Le manque d’unités de traitement locales constitue le goulet d’étranglement de cette filière prometteuse.

L’asphyxie financière des unités de décorticage locales

D’abord, la quasi-totalité de la récolte nationale quitte le territoire sous sa forme brute. Les acheteurs internationaux prédominent largement lors des campagnes de commercialisation dans les villages. Ces négociants étrangers acquièrent la matière première à des tarifs souvent dérisoires pour les paysans. Les cargaisons de noix sont immédiatement acheminées vers le port autonome de Lomé pour l’exportation. Elles partent ensuite alimenter les gigantesques usines de décorticage situées en Inde ou au Vietnam. Le tissu économique national perd ainsi le bénéfice des étapes cruciales de la valorisation industrielle. Les étapes de dépelliculage et de torréfaction s’effectuent loin des frontières togolaises. Cette configuration purement extractive prive le pays d’un levier de développement majeur.

Ensuite, l’examen du secteur met en lumière la décrépitude des rares usines de transformation nationales. Les entrepreneurs togolais tentent courageusement de mécaniser le traitement de la noix de cajou sur place. Cependant, ces unités locales se heurtent à une concurrence asiatique féroce et asymétrique. Les acheteurs étrangers disposent de liquidités massives pour rafler la production directement au champ. Les transformateurs locaux manquent cruellement de fonds de roulement pour sécuriser leurs approvisionnements annuels. Les institutions bancaires nationales refusent d’octroyer des crédits de campagne adaptés à l’agro-industrie. Par conséquent, les machines des usines togolaises restent désespérément à l’arrêt pendant de longs mois. Cette faillite technique empêche l’émergence d’une véritable marque de cajou nationale.

Parallèlement, la logistique défaillante et les coûts de l’énergie plombent la compétitivité des entreprises. Le prix du kilowatt-heure pour les unités industrielles grève lourdement la rentabilité des lignes de production. De plus, les emballages de qualité internationale doivent être importés à des tarifs douaniers exorbitants. Le pays ne dispose pas de laboratoires certifiés pour valider les normes sanitaires d’exportation. Les exportateurs de noix transformées doivent donc solliciter des accréditations coûteuses dans les pays voisins. Ce parcours du combattant décourage les investisseurs privés nationaux les plus téméraires. La valeur nette de la filière s’évapore ainsi au profit des intermédiaires logistiques internationaux.

Les exigences d’une refonte structurelle de l’agro-industrie

La survie à long terme de la filière anacarde requiert des réformes politiques audacieuses. L’État doit impérativement instaurer des barrières tarifaires ou des quotas stricts sur l’exportation brute. Une fiscalité incitative doit encourager l’achat prioritaire de la matière première par les usines locales. De même, la création d’un fonds de garantie agricole est indispensable pour soutenir les PME. Les centres de formation technique doivent concevoir des modules dédiés à la maintenance industrielle. L’innovation technologique doit permettre de valoriser également la pomme de cajou en jus ou en biocarburant.

L’essor de l’anacarde au Togo appelle un changement radical de paradigme économique. Célébrer la hausse des volumes exportés à l’état brut ne saurait constituer une victoire industrielle. Le gouvernement doit transformer cette culture de rente en un véritable moteur de création d’emplois. L’avenir du secteur dépend d’une volonté politique ferme d’imposer le traitement local de nos ressources. Tant que le pays n’investira pas dans ses propres usines, la valeur ajoutée restera une illusion lointaine. La noix de cajou doit cesser de nourrir les industries asiatiques pour enrichir durablement les paysans togolais.

Plus d'actualité

Adresse : Tokoin Novissi, face église Catholique Notre dame de la paix.

Récepissé : N°0121/HAAC/02-2024/Pl/P

équipe de publication

Directeur Général : FIOKLOU-TOULAN Ayivi Germain

Contact : 90 84 48 48

Directeur de publication : AZIAGBLE Dédé Epiphanie

Contact : 93 82 48 48

Copyright © Le Perroquet-Ako

Retour en haut