
Au Togo, la nomination d’Ilagou Ayéva à la direction générale de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET) intervient dans un contexte particulièrement tendu. Coupures récurrentes, mécontentement des usagers, pertes financières importantes et difficultés de gouvernance ont fini par emporter son prédécesseur. Mais au-delà du changement d’homme, cette décision soulève une question plus profonde : le gouvernement cherche-t-il simplement à améliorer les performances de la société publique ou prépare-t-il une transformation plus radicale de son modèle de gestion ?
Un changement qui ne doit rien au hasard
La rapidité avec laquelle le remplacement de Débo-K’mba Barandao a été effectué a surpris plus d’un observateur.
Quelques heures seulement après l’annonce du départ de l’ancien directeur général, Ilagou Ayéva prenait officiellement les commandes de la compagnie nationale d’électricité. Cette célérité traduit l’importance stratégique accordée par les autorités à un secteur devenu particulièrement sensible.
Face à cette situation, le gouvernement ne pouvait difficilement rester sans réaction. Mais le choix d’Ilagou Ayéva intrigue.
Le profil d’un homme de restructuration
Le nouveau patron de la CEET n’est pas un inconnu dans les cercles de décision. Ingénieur de formation, passé par le secteur des télécommunications, il s’est notamment illustré dans les travaux de réorganisation de Togo Telecom et de Togocel sous la conduite du ministère de l’Économie numérique. À l’époque, l’objectif affiché consistait à mutualiser les ressources des deux opérateurs afin d’améliorer leur efficacité et leur compétitivité.
Cette restructuration a conduit à la création de Togocom, aujourd’hui contrôlée par le groupe Axian Telecom. C’est précisément ce parcours qui nourrit aujourd’hui de nombreuses interrogations. Lorsque les autorités choisissent un spécialiste des restructurations pour diriger une entreprise publique en difficulté, le message dépasse généralement la simple gestion courante.
La question que beaucoup se posent
Dans l’opinion publique, une interrogation revient avec insistance : la CEET pourrait-elle suivre un chemin comparable à celui emprunté autrefois par Togo Telecom et Togocel ?
À ce stade, aucun élément public ne permet de l’affirmer. Cependant, le parallèle s’impose naturellement en raison du parcours du nouveau directeur général.
Cette perception révèle surtout une réalité plus profonde : la confiance des citoyens dans les entreprises publiques dépend désormais de leur capacité à fournir des résultats tangibles. Pour beaucoup de consommateurs, les débats sur les restructurations, les audits ou les réformes institutionnelles importent moins que la qualité du service rendu.
Le défi de la crédibilité
C’est probablement là que se jouera le mandat d’Ilagou Ayéva. Son succès ne sera pas évalué à travers les rapports administratifs ou les réorganisations internes. Il sera jugé à travers la diminution des coupures, l’amélioration de la qualité du réseau et la satisfaction des usagers.
Après plusieurs années de promesses, les Togolais attendent désormais des résultats visibles.Le nouveau directeur général hérite ainsi d’une mission particulièrement délicate : restaurer la confiance dans une entreprise publique devenue l’un des symboles des frustrations quotidiennes liées aux services essentiels.