
Au Togo, la filière coton tente depuis plusieurs années de retrouver un nouveau souffle. Les autorités et la Nouvelle Société Cotonnière du Togo (NSCT) mettent en avant des rendements en progression et des ambitions de relance. Pourtant, sur le terrain, le malaise semble persister chez de nombreux producteurs. Derrière les chiffres encourageants et les discours optimistes, plusieurs cotonculteurs continuent d’exprimer leurs frustrations face aux coûts de production, aux revenus jugés insuffisants et à un sentiment croissant de déconnexion entre les réalités paysannes et les décisions prises au sommet.
Une filière historiquement stratégique
Pendant longtemps, le coton a occupé une place importante dans l’économie agricole togolaise. La culture cotonnière faisait vivre des dizaines de milliers de producteurs et représentait l’une des principales filières d’exportation du pays. Dans plusieurs régions rurales, le coton constituait également une source essentielle de revenus pour les familles paysannes.
Mais au fil des années, la filière a connu de nombreuses turbulences : baisse des rendements, endettement des producteurs, difficultés de gestion et recul progressif des superficies cultivées.
Depuis l’arrivée du groupe Olam International dans le capital de la NSCT, les autorités togolaises affichent leur volonté de moderniser et de redynamiser la filière. Les responsables de la NSCT évoquent notamment une amélioration des rendements agricoles et une meilleure organisation de la production.
Pour la campagne 2025-2026, des responsables de la filière ont même parlé d’un rendement historique proche d’une tonne à l’hectare, présenté comme un signe encourageant pour l’avenir du coton togolais. Le prix du kilogramme de coton graine a également été maintenu autour de 300 FCFA afin de soutenir les producteurs dans un contexte économique difficile.
Mais sur le terrain, les frustrations demeurent
Malgré ces annonces, plusieurs producteurs continuent de faire part de leurs difficultés. Le coût des intrants agricoles, les charges liées à la production et les contraintes climatiques pèsent lourdement sur les revenus des cotonculteurs.
Certains estiment que les prix d’achat restent insuffisants au regard des investissements nécessaires pour produire du coton dans de bonnes conditions. D’autres évoquent aussi un sentiment de découragement face aux efforts fournis et aux bénéfices finalement obtenus. Dans certaines localités, plusieurs producteurs se tournent progressivement vers d’autres cultures jugées plus rentables ou plus souples, notamment le soja.
Une baisse du nombre de producteurs qui interpelle
L’un des signaux les plus révélateurs du malaise reste probablement la diminution du nombre de cotonculteurs. Ces dernières années, la filière a enregistré une baisse importante du nombre de producteurs ainsi qu’un recul des superficies emblavées.
Cette évolution interroge directement l’attractivité actuelle du coton auprès des agriculteurs. Car au-delà des performances techniques annoncées, une filière agricole se mesure aussi à sa capacité à maintenir la confiance et l’adhésion des producteurs sur le long terme.
La question sensible de la gouvernance de la filière
Le débat dépasse aujourd’hui la seule question agricole. Pour plusieurs observateurs, les tensions actuelles traduisent également un problème de gouvernance et de relation entre les décideurs de la filière et les producteurs.
Certains cotonculteurs ont parfois le sentiment que les décisions stratégiques sont prises loin des réalités du terrain. La communication officielle autour des performances et des ambitions de relance contraste ainsi parfois avec le vécu quotidien de nombreux agriculteurs confrontés à des difficultés économiques persistantes.
Entre modernisation et défi de confiance
Le défi pour la filière coton togolaise ne semble donc pas uniquement technique ou financier. Il touche aussi à la question de la confiance. Moderniser les équipements, améliorer les rendements ou restructurer les circuits de production peut contribuer à relancer la filière. Mais cela pourrait ne pas suffire si les producteurs continuent de se sentir fragilisés économiquement ou insuffisamment associés aux orientations prises.
Dans plusieurs pays africains producteurs de coton, la pérennité de la filière dépend autant des performances agricoles que de la stabilité de la relation entre les sociétés cotonnières et les paysans.