
Deux candidats africains s’affrontent pour diriger l’UNESCO. Cette élection, loin d’être symbolique, se déroule dans un contexte de tensions géopolitiques et de crises financières. Derrière ce scrutin, se joue l’avenir du multilatéralisme culturel mondial.
Deux candidats, deux visions
Le professeur Khaled el-Enany, ancien ministre égyptien du Tourisme et des Antiquités, affronte l’économiste Firmin Édouard Matoko, figure congolaise reconnue pour ses actions en faveur de l’éducation dans les camps de réfugiés. C’est la première fois que deux Africains sont en lice pour diriger l’agence onusienne basée à Paris. Leur duel illustre la montée en puissance du Sud global dans les affaires internationales.
L’un mise sur la valorisation du patrimoine et le dialogue entre civilisations, l’autre sur l’éducation et l’innovation sociale. Deux approches différentes, mais un même objectif : redonner à l’UNESCO son rayonnement d’antan.
Une organisation fragilisée
L’élection intervient alors que l’UNESCO traverse une période difficile. Le retrait des États-Unis sous l’administration Trump a provoqué une crise budgétaire majeure. Washington reprochait à l’agence d’être trop politisée, notamment depuis l’admission de la Palestine en 2011. Ce départ a ouvert la voie à la Chine, désormais l’un des principaux bailleurs et influenceurs de l’organisation.
L’UNESCO, connue pour son programme des sites du patrimoine mondial, est aussi accusée de lenteur administrative et de gaspillage financier. Ces critiques fragilisent sa légitimité à un moment où elle doit faire face à des défis mondiaux : les guerres à Gaza et en Ukraine, la désinformation, ou encore les inégalités d’accès à l’éducation.
L’Afrique au centre du jeu
L’Afrique réclame depuis longtemps une plus grande place dans la gouvernance mondiale. Voir deux de ses représentants se disputer la direction de l’UNESCO marque un tournant symbolique. Si l’un d’eux l’emporte, ce serait une première dans l’histoire de l’organisation. Cela traduirait la volonté du continent de reprendre la parole sur les questions culturelles et éducatives, souvent dominées par les puissances occidentales. Ce vote pourrait aussi redéfinir la diplomatie culturelle mondiale. Dans un monde où les rapports de force évoluent, l’Afrique veut être actrice du changement, pas simple spectatrice.
Une élection au cœur des rivalités mondiales
Derrière les discours officiels, cette élection met en lumière la lutte d’influence entre grandes puissances.
La Chine, la France et les États-Unis suivent de près le scrutin. Chacun cherche à placer un allié à la tête de l’agence. Le futur directeur devra composer avec ces tensions tout en maintenant l’indépendance de l’organisation. Il devra aussi restaurer la confiance entre les États membres et recentrer l’UNESCO sur ses missions : la culture, la science et l’éducation pour la paix.
Un choix symbolique pour l’avenir du multilatéralisme
Le prochain directeur général héritera d’une institution respectée mais affaiblie. Sa tâche consistera à réformer son fonctionnement, à moderniser sa communication et à renforcer son impact dans les pays en développement. Ce vote n’est donc pas seulement une élection interne : il reflète la transformation du monde. Entre ambitions africaines, retour du monde arabe et montée en puissance asiatique, l’UNESCO devient le miroir d’un multilatéralisme en mutation. Le choix entre Khaled el-Enany et Firmin Édouard Matoko pourrait bien annoncer une nouvelle ère pour la diplomatie culturelle mondiale — plus inclusive, plus équilibrée, et plus représentative.





