Duel aurifère en Afrique de l’Ouest : Côte d’Ivoire – Guinée, qui prendra la tête ?

Mine d’Ity (région de Zouan-Hounien)

La Côte d’Ivoire et la Guinée s’affrontent désormais sur un terrain où l’avenir économique se joue en grammes et en onces : l’or. Portés par une flambée historique des cours et par le recul forcé des géants sahéliens, les deux pays redoublent d’ambition pour capter une part croissante du marché aurifère ouest-africain. Entre découvertes majeures, réformes attractives et stratégies d’influence, Abidjan et Conakry entament un duel silencieux qui pourrait bien redessiner la carte minière de la région.

Une région en pleine reconfiguration

Le duel aurifère en Afrique de l’Ouest s’installe désormais entre deux voisins longtemps restés en retrait face aux géants sahéliens. La Côte d’Ivoire et la Guinée avancent leurs pions pendant que le Mali et le Burkina Faso, affaiblis par l’insécurité et les coups d’État successifs, perdent du terrain. La flambée historique du cours de l’or change les équilibres. Elle offre aux deux pays une occasion rare : devenir le centre de gravité du métal précieux dans la région.

Dans ce contexte, Abidjan et Conakry redoublent d’efforts. Les découvertes se multiplient. Les investissements suivent. Et les ambitions se précisent. Petit à petit, la ruée vers l’or se déplace vers le golfe de Guinée.

Côte d’Ivoire : l’offensive soutenue par des découvertes majeures

La Côte d’Ivoire assume clairement ses ambitions. Le pays veut devenir un acteur incontournable du secteur aurifère africain. Tout s’y prête : stabilité politique, fiscalité lisible, infrastructures en amélioration et cadre légal attractif. Mais surtout, le pays bénéficie d’une exploration intense qui révèle des gisements majeurs.

La découverte d’un site de plus de cent cinquante tonnes d’or dans le nord marque un tournant. Cette trouvaille, la plus importante de l’histoire ivoirienne, devrait accueillir une usine capable de traiter près de onze millions de tonnes de minerai par an. Une montée en puissance qui place déjà le pays dans le cercle restreint des leaders africains.

À cette avancée s’ajoutent les projets Lafigué, Yaouré, Abujar et Séguéla. Ensemble, ils forment un écosystème solide. Les entreprises étrangères, attirées par la stabilité et par la perspective d’un marché en expansion, renforcent encore ce mouvement.

Guinée : la montée en puissance structurée autour de projets phares

La Guinée n’entend pas rester spectatrice. Longtemps identifiée comme le royaume de la bauxite, elle veut désormais gagner une place stratégique dans l’or. Elle dispose d’un territoire immense, encore largement sous-exploré. Elle profite aussi d’un intérêt renouvelé des investisseurs.

Le projet Kiniero illustre cette ambition. Ce chantier, l’un des plus importants de la région, bénéficie d’investissements proches de deux cents millions de dollars. Il pourrait produire plus de vingt tonnes d’or dans ses premières années. D’autres sites suivent la même voie, même si leur développement reste plus discret.

Dans une période de transition politique, Conakry veut rassurer. Le gouvernement multiplie les signaux d’ouverture. L’objectif est simple : capter une part significative des capitaux qui se détournent peu à peu des pays sahéliens.

Un duel économique, mais aussi stratégique

Le face-à-face entre les deux pays dépasse la seule production d’or. Il touche à la géopolitique régionale. Les entreprises minières cherchent des zones plus stables. Les États occidentaux veulent sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement. Les investisseurs asiatiques, eux, s’intéressent aux nouveaux territoires sous-explorés.

La Côte d’Ivoire mise sur sa stabilité. La Guinée s’appuie sur la richesse de son sous-sol. À mesure que les troubles persistent dans la zone sahélienne, l’intérêt se déplace vers des États jugés plus sûrs. Abidjan et Conakry deviennent donc des alternatives crédibles, voire stratégiques.

Entre promesses économiques et défis environnementaux

La ruée vers l’or n’efface pas les risques. Elle les amplifie. Pollution, destruction des sols, conflits avec les communautés locales, prolifération de l’orpaillage clandestin : les défis sont connus. Les deux pays devront éviter les erreurs du passé et transformer le boom aurifère en moteur de développement durable. Impossible de désigner un gagnant pour l’instant. La Côte d’Ivoire avance rapidement, forte de découvertes confirmées et d’un cadre attractif. La Guinée, elle, s’appuie sur un potentiel immense et sur des investissements en plein essor. Une certitude s’impose pourtant : l’axe majeur de l’or africain glisse vers le golfe de Guinée. Et le duel en cours redessine déjà l’équilibre économique de l’Afrique de l’Ouest.

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