
Entre progression des récoltes et chocs climatiques récurrents, l’agriculture togolaise fait face à un paradoxe structurel. Alors que les sécheresses pèsent lourdement sur les rendements, la faible part des terres irriguées rappelle l’urgence d’une transition profonde pour sécuriser la souveraineté alimentaire du pays.
Une dynamique de production rattrapée par les aléas
Au cours de la dernière décennie, le secteur agricole au Togo a affiché des indicateurs globalement orientés à la hausse. Entre 2015 et 2024, la production céréalière nationale est passée de 1,25 million de tonnes à 1,6 million de tonnes, enregistrant une progression notable. Cette croissance s’est même illustrée par une série de cinq années de hausse consécutive, portant le volume à 1,56 million de tonnes lors de la campagne précédente.
Pourtant, cette trajectoire positive a connu un coup d’arrêt. Pour la campagne 2024-2025, la production céréalière est retombée à 1,53 million de tonnes. Ce repli, certes modéré, met en lumière une fragilité fondamentale. Les cultures locales subissent de plein fouet les dérèglements climatiques, confirmant que les hausses de volume enregistrées par le passé restent vulnérables aux variations de la météo.
La menace silencieuse des poches de sécheresse
Les chiffres officiels et les rapports de la FAO dressent un constat sans appel concernant l’impact du climat sur les rendements. Sur les dix dernières années, les sécheresses et les mauvaises répartitions pluviométriques ont provoqué des baisses de rendement drastiques : jusqu’à 30 % pour le riz, 37 % pour le maïs et même 51 % pour le sorgho.
En 2024, des épisodes de sécheresse survenus entre juin et août ont lourdement affecté les bassins de production des régions Centrale, de la Kara et des Savanes. Cette baisse des récoltes a eu des répercussions immédiates sur les conditions de vie des populations. Environ 625 000 personnes ont ainsi été exposées à l’insécurité alimentaire aiguë, illustrant la vitesse à laquelle un choc climatique se traduit par une urgence sociale.
Le défi critique de la maîtrise de l’eau
Au cœur de cette vulnérabilité se trouve un indicateur décisif : seulement 6 200 hectares de terres sont officiellement irrigués au Togo, ce qui représente environ 0,3 % de la superficie cultivée. Autrement dit, près de 99,7 % des terres agricoles reposent entièrement sur la générosité des précipitations.
Certes, l’État a multiplié les initiatives en aménageant des bas-fonds, des périmètres rizicoles et en distribuant des kits de pompage solaire. Néanmoins, ces efforts restent insuffisants face à l’immensité des besoins. Sans infrastructures hydrauliques de grande envergure, telles que des retenues d’eau et des bassins de rétention, l’agriculture nationale restera captive des aléas atmosphériques.
L’impératif d’une refondation structurelle du modèle agricole
Pour s’affranchir de cette dépendance historique, le Togo doit accélérer sa transition vers une agriculture résiliente. La maîtrise de l’eau ne constitue qu’un premier maillon. Elle doit impérativement s’accompagner d’une diffusion massive de semences améliorées résistantes au stress hydrique, ainsi que d’un plan d’envergure pour restaurer la fertilité des sols.
De surcroît, le renforcement de la mécanisation et l’extension des capacités de stockage post-récolte permettront de sécuriser les revenus des producteurs. En définitive, penser la souveraineté alimentaire exige de repenser l’investissement public pour que l’eau devienne un facteur maîtrisé, et non plus un pari sur le ciel.