
Alors que le gouvernement fédéral a repris le contrôle du Tigré après une offensive décisive, le Premier ministre Abiy Ahmed hausse le ton face à l’Érythrée voisine. Entre la fin de règne du TPLF et les tensions persistantes autour de l’accès à la mer Rouge, l’équilibre de la Corne de l’Afrique reste plus que jamais précaire.
La fin d’une hégémonie politique au Tigré
La mise en place d’une nouvelle administration intérimaire à Mekelle, capitale de l’État du Tigré, marque un tournant historique dans la vie politique éthiopienne. Les rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui ont tenu d’une main de fer les destinées de la région puis de tout le pays pendant des décennies, se trouvent aujourd’hui militairement affaiblis. Contraints de battre en retraite face aux forces fédérales et aux frappes de drones, ils cèdent le terrain.
Pour le Premier ministre Abiy Ahmed, arrivé au pouvoir en 2018, cette reconquête représente une victoire institutionnelle majeure. Le nouveau maire de Mekelle, Shishay Amare, a d’ailleurs annoncé la tenue d’élections locales dans un délai de six mois afin de normaliser la situation. Toutefois, pacifier durablement cette région meurtrie exigera bien plus qu’une transition administrative : il faudra panser les plaies profondes d’un conflit dévastateur.
Les frictions géopolitiques avec l’Érythrée voisine

Au-delà des frontières internes du Tigré, la séquence actuelle met en lumière la volatilité des relations diplomatiques avec l’Érythrée. Dans un discours prononcé en tigrigna, Abiy Ahmed a publiquement averti Asmara des conséquences graves d’une ingérence persistante et d’un soutien avéré aux forces rebelles.
Ce regain de tension rappelle combien l’alliance fragile forgée entre Addis-Abeba et Asmara lors des précédentes phases du conflit s’est délétère. L’Érythrée, qui a obtenu son indépendance en 1993, observe avec une méfiance absolue les ambitions géostratégiques de son grand voisin enclavé, notamment sa quête d’un accès souverain à la mer Rouge. En qualifiant les villes érythréennes de « fantômes », le dirigeant éthiopien a adopté une rhétorique incisive, illustrant la persistance d’une rivalité historique structurelle.
Le pari risqué de la stabilité centralisée
La pacification proclamée par le pouvoir central cache mal les défis sécuritaires et humanitaires qui persistent dans toute la région. Le Tigré, exclu des élections législatives nationales remportées par le Parti de la prospérité, doit maintenant se reconstruire sous tutelle fédérale.
Néanmoins, la stabilité durable de l’Éthiopie ne dépend pas seulement de la neutralisation d’un mouvement rebelle historique. Elle repose sur la capacité d’Abiy Ahmed à pacifier ses frontières extérieures tout en gérant les fractures ethniques internes. Si la chute du TPLF referme un chapitre de l’histoire politique éthiopienne, elle ouvre une période d’incertitude géopolitique majeure pour l’ensemble de la Corne de l’Afrique.