
Crédit photo: AFP/Issouf Sanogo
Alors que le pays s’apprête à voter en octobre 2025, le climat politique s’alourdit. L’exclusion des figures de l’opposition et la quête de pouvoir sans fin du régime en place ravivent les inquiétudes sur la démocratie en Côte d’Ivoire.
La démocratie en Côte d’Ivoire semble aujourd’hui sous respiration artificielle. À l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025, le pays replonge dans une tension politique qui rappelle ses vieux démons. Le président Alassane Ouattara vise un quatrième mandat tandis que plusieurs figures majeures de l’opposition sont écartées. Ce climat d’exclusion et de verrouillage politique questionne la vitalité démocratique d’un pays longtemps présenté comme un modèle de stabilité.
Le troisième mandat, une mécanique bien rodée
La scène politique ivoirienne s’inscrit désormais dans une tendance continentale : celle du troisième mandat permanent. Au nom de la continuité et de la paix, plusieurs dirigeants africains réécrivent les règles du jeu. En Côte d’Ivoire, cette logique a transformé la Constitution en outil de pouvoir plutôt qu’en garde-fou institutionnel.
Les candidatures recalées de Laurent Gbagbo, Tidjane Thiam ou Charles Blé Goudé laissent un champ politique verrouillé. Le pluralisme n’existe plus que dans les discours. Derrière la façade démocratique, les élections ressemblent à une formalité destinée à légitimer l’ordre établi.
Une crise politique ivoirienne enracinée dans l’histoire
La crise politique ivoirienne actuelle plonge ses racines dans une histoire faite de blessures non refermées. La crise post-électorale de 2010-2011 a laissé des traces profondes. Quinze ans plus tard, la réconciliation nationale reste inachevée.
Aujourd’hui, les arrestations d’opposants et la répression de manifestations pacifiques montrent une inquiétante continuité du passé. Le pouvoir semble préférer le contrôle à la concertation. Pourtant, chaque exclusion nourrit la défiance, chaque abus fragilise la cohésion nationale.
Une démocratie africaine en perte de souffle
Ce qui se joue à Abidjan dépasse le cadre ivoirien. Le pouvoir en Afrique traverse une crise de sens. La démocratie devient un rituel électoral sans alternance réelle. Les institutions régionales, comme la CEDEAO, paraissent impuissantes face aux dirigeants qui manipulent les constitutions pour prolonger leur règne.
Les conséquences sont visibles : désenchantement citoyen, montée des frustrations et multiplication des coups d’État dans les pays voisins. La Côte d’Ivoire, vitrine économique de la région, risque à son tour de devenir un symbole d’épuisement démocratique.
Redonner du souffle à la démocratie ivoirienne
Pour que la démocratie en Côte d’Ivoire retrouve son souffle, un dialogue sincère s’impose. La société civile, les jeunes et les intellectuels doivent jouer un rôle central dans la refondation politique.
Cela passe par une réforme de la Commission électorale, une justice indépendante et une véritable inclusion politique. Car une élection sans confiance ni pluralisme n’a de sens que pour ceux qui la contrôlent. La légitimité démocratique ne se décrète pas : elle se construit, jour après jour, dans le respect du peuple et de la loi.
La Côte d’Ivoire 2025 illustre une vérité simple : la démocratie ne meurt pas d’un coup, mais d’un lent étouffement. Tant que la peur du changement dominera la vie politique, le pays restera prisonnier de son passé. Redonner espoir à la démocratie, c’est redonner voix à ceux qu’on exclut. Et c’est peut-être là, dans le courage du peuple, que réside encore son dernier souffle.
Repères chronologiques : la lente érosion démocratique
- 2010-2011 : crise post-électorale entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara. Plus de 3 000 morts.
- 2016 : adoption d’une nouvelle Constitution instaurant la IIIe République.
- 2020 : Alassane Ouattara brigue un troisième mandat après le décès de son dauphin Amadou Gon Coulibaly.
- 2023 : retour de Laurent Gbagbo, création du PPA-CI.
- 2025 : élection présidentielle sous tension, oppositions écartées, inquiétudes sur la légitimité du scrutin.





