Plage de Lomé : Quand les exutoires étouffent la côte

À quelques pas du centre-ville, la plage de Lomé incarne à la fois la vitrine touristique et le poumon économique de la capitale togolaise. Pourtant, une observation attentive du littoral, près de l’ancien hôtel Palm Beach et face à l’Hôtel École Lébénè , révèle une réalité alarmante. Loin des paysages de cartes postales, la plage de Lomé subit aujourd’hui une grave agression environnementale. Des émissaires pluviaux anciens s’enlisent et se transforment progressivement en foyers permanents d’eaux usées à ciel ouvert. Cette pollution chronique interroge directement la gouvernance urbaine du pays.

Des infrastructures fantômes sur la plage de Lomé

Sur cette portion de la côte, le constat visuel frappe immédiatement les visiteurs. Des structures de drainage vétustes, construites il y a plusieurs décennies, se retrouvent totalement abandonnées. Elles rejettent des flux d’eaux sombres et saumâtres qui n’atteignent plus l’océan. Les mouvements naturels du sable, la houle et les sédiments s’accumulent au fil des ans. Ils forment ainsi de petites collines artificielles qui éventrent le sable.

Ces buttes et ces cuvettes d’eaux stagnantes ont profondément modifié le paysage. Une végétation luxuriante et des plantes envahissantes y ont pris racine. Un écosystème marécageux inattendu s’y développe désormais en toute quiétude. En plein jour, le coassement des batraciens et le chant des cigales se mélangent au bruit des vagues. Cette aberration écologique s’installe au cœur de la plage de Lomé, où des milliers de plastiques, de sachets et de bouteilles jonchent les rives de ces mares improvisées. Pour les promeneurs comme pour les riverains, le spectacle choque et décourage. Les visiteurs découvrent un contraste violent entre le potentiel paysager du site et une pollution non résolue qui dégage des odeurs nauséabondes.

L’enchevêtrement institutionnel : Qui doit réellement agir ?

Face à ce problème environnemental, la question des responsabilités se pose avec une grande acuité. Le système institutionnel du Togo présente en effet un chevauchement de compétences qui entraîne souvent une dilution des responsabilités sur le terrain. Il convient donc de déterminer les rôles de chaque acteur public.

À l’échelle nationale, les services de l’État conçoivent, financent et supervisent les grandes infrastructures d’assainissement et de protection côtière, à l’image du programme WACA ResIP. Néanmoins, la maintenance préventive des exutoires pluviaux relève des ministères en charge de l’Hydraulique et du Cadre de vie. Ces ministères doivent initier et financer les travaux techniques de restructuration de ces émissaires obsolètes qui débouchent sur la plage de Lomé.

Entre police municipale et limites opérationnelles de l’ANASAP

Sur le plan local, les collectivités territoriales gèrent la salubrité de proximité. La mairie de la commune Golfe 4 détient la charge légale de la police de l’hygiène, de la salubrité publique et du contrôle des espaces publics. La municipalité doit impérativement sévir contre les branchements anarchiques en amont. De nombreux riverains, bars, hôtels ou ateliers connectent illégalement leurs eaux usées ou leurs fosses septiques aux canaux d’eau de pluie.

En parallèle, l’Agence Nationale d’Assainissement et de Salubrité Publique (ANASAP) intervient sur la propreté urbaine. Elle pilote les grandes opérations de nettoiement et les campagnes citoyennes. Toutefois, l’ANASAP rencontre des limites structurelles face à ce problème précis. Son rôle principal reste curatif en surface. Elle réalise le ramassage des déchets, le balayage et un désensablement léger. Elle ne possède pas les compétences techniques pour refondre les réseaux d’égouts ou prolonger les émissaires sous-marins qui traversent la plage de Lomé. L’agence subit donc en aval les conséquences des pollutions générées en amont.

Les racines profondes d’une inertie décennale

Si cette situation persiste depuis deux décennies, la raison réside dans une conjonction de facteurs complexes. Le coût élevé des infrastructures de génie civil bloque toute intervention rapide. Réhabiliter de vieux émissaires côtiers ensablés demande des investissements considérables en béton armé, en conduites profondes et en stations de traitement. Les budgets municipaux réduits repoussent constamment ces chantiers au profit d’autres urgences sociales.

De plus, le manque de synergie entre les services de l’État central et les équipes des mairies crée des zones d’ombre où chaque institution renvoie la responsabilité vers l’autre. Enfin, l’absence de planification urbaine intégrée aggrave le phénomène. L’explosion démographique de la capitale et l’urbanisation non maîtrisée des quartiers intérieurs saturent les réseaux de drainage d’origine. Les canalisations destinées uniquement à l’eau de pluie absorbent aujourd’hui un cocktail d’eaux domestiques qui asphyxie la plage de Lomé.

Une refondation urgente de la gouvernance côtière

La sauvegarde du littoral exige un sursaut d’autorité et une vraie expertise technique. Plusieurs actions correctives s’imposent immédiatement aux décideurs publics.

D’abord, réaliser un audit technique et topographique global : Dresser la carte exhaustive de tous les émissaires pour mesurer leur obstruction et leur impact toxique réel. Ensuite, reprofiler et prolonger les émissaires : Étendre les buses de rejet au-delà des vagues sur des structures sécurisées pour empêcher la formation de marécages sur le sable. En outre il faut verrouiller les sources de pollution en amont : Mobiliser la police municipale de l’eau pour traquer et sanctionner sévèrement les raccordements clandestins d’eaux usées. Enfin, on doit créer une task-force dédiée : Mettre en place un comité de pilotage conjoint unissant l’État, les mairies et l’ANASAP, doté d’un budget propre pour la salubrité du littoral.Il est désormais urgent d’agir.

Ignorer la dégradation de la plage de Lomé menace la santé des populations et compromet l’avenir touristique et économique de la capitale.

Plus d'actualité

Adresse : Tokoin Novissi, face église Catholique Notre dame de la paix.

Récepissé : N°0121/HAAC/02-2024/Pl/P

équipe de publication

Directeur Général : FIOKLOU-TOULAN Ayivi Germain

Contact : 90 84 48 48

Directeur de publication : AZIAGBLE Dédé Epiphanie

Contact : 93 82 48 48

Copyright © Le Perroquet-Ako

Retour en haut