
Les annonces diplomatiques se succèdent, mais les armes continuent de parler. En République démocratique du Congo (RDC), chaque initiative de paix semble aussitôt rattrapée par la réalité du terrain. La réunion de haut niveau prévue le 17 janvier 2026 à Lomé, sous l’égide de l’Union africaine (UA), s’inscrit dans ce cycle d’espoirs et de désillusions. Elle intervient surtout après plusieurs tentatives de médiation portées par des acteurs extérieurs au continent, dont les effets sont restés limités. Dès lors, une question s’impose : l’Union africaine peut-elle réussir là où les initiatives occidentales ont peiné à s’imposer durablement ?
Des médiations internationales aux résultats fragiles
Depuis plusieurs années, la crise sécuritaire à l’est de la RDC a attiré une forte mobilisation diplomatique internationale. Des initiatives menées ou soutenues par des puissances occidentales ont tenté de favoriser le dialogue entre Kinshasa et ses voisins, tout en appelant à la désescalade. Des rencontres ont eu lieu, des déclarations ont été faites, des engagements ont été annoncés.
Pourtant, sur le terrain, les violences ont souvent repris peu après. Des attaques ont continué d’être signalées, des groupes armés ont maintenu leur emprise sur certaines zones, et les populations civiles ont payé le prix fort. Ce décalage entre la diplomatie et la réalité sécuritaire a nourri une forme de scepticisme, tant au sein de l’opinion congolaise que parmi certains observateurs régionaux.
Sans parler d’échec total, ces médiations ont montré leurs limites. Elles ont parfois souffert d’un manque de suivi, d’une compréhension incomplète des dynamiques locales ou encore d’une faible appropriation par les acteurs directement concernés. À mesure que les résultats tardaient à se matérialiser, leur crédibilité s’est érodée.
L’Union africaine face à un test de crédibilité
C’est dans ce contexte que l’Union africaine entend reprendre l’initiative. La réunion de Lomé s’inscrit dans une médiation reconnue par l’UA, avec l’ambition affichée de renforcer la cohérence des efforts de paix en RDC et dans la région des Grands Lacs. L’objectif n’est pas de lancer un processus supplémentaire, mais de mieux articuler les démarches existantes.
L’UA met en avant plusieurs atouts. D’abord, une légitimité régionale renforcée, fondée sur la proximité géographique et politique avec les pays concernés. Ensuite, une meilleure connaissance des équilibres locaux, des rivalités régionales et des facteurs historiques du conflit. Enfin, une volonté de coordination entre les différentes initiatives africaines, souvent critiquées pour leur dispersion.
Mais cette approche place aussi l’Union africaine face à ses propres contradictions. À force de revendiquer des « solutions africaines aux problèmes africains », l’organisation joue sa crédibilité. Si la réunion de Lomé ne débouche pas sur des mécanismes concrets de suivi et de mise en œuvre, le risque est grand de voir s’installer une nouvelle déception.
Réussir là où d’autres ont échoué ?
La question n’est donc pas tant de savoir si l’UA fera mieux que les acteurs occidentaux, mais si elle parviendra à faire autrement. La réussite de la médiation africaine dépendra de plusieurs conditions : l’engagement réel des parties prenantes, la pression exercée sur les acteurs armés, mais aussi la capacité à traduire les accords politiques en améliorations tangibles pour les populations.
La réunion de Lomé apparaît ainsi comme un moment charnière. Elle peut marquer un tournant vers une approche plus cohérente et plus ancrée dans les réalités régionales. Elle peut aussi confirmer la difficulté, persistante, à imposer une paix durable dans une région où les logiques sécuritaires, économiques et politiques s’entremêlent. Dans un contexte de fatigue diplomatique et de méfiance croissante, l’Union africaine n’a plus seulement à proposer une médiation. Elle doit désormais prouver qu’elle peut en garantir les effets.





