Aires protégées au Togo : L’écologie au péril des droits ruraux ?

L’adoption le 20 août 2026 par l’Assemblée nationale de la loi sur les aires protégées marque un tournant écologique au Togo. Ce texte organise le zonage, le classement et la protection de la biodiversité. De plus, il crée l’Office national des aires protégées (ONAP) pour piloter ces politiques. Cependant, les règles d’expropriation, de relogement et de sanctions suscitent de vives inquiétudes. Seule députée à avoir voté contre ce texte dans l’hémicycle, Kafui Adjamagbo-Johnson résume le débat : « Protéger la nature, oui ; protéger la nature contre les populations, non. »

Le flou du relogement : Une porte ouverte à la précarité

Le premier problème de cette loi concernerait les garanties accordées aux communautés locales. Pour créer ou étendre une réserve naturelle, l’État peut procéder à des expropriations pour cause d’utilité publique. Toutefois, la rédaction du texte laisse une ambiguïté lourde de conséquences sur le terrain.

En effet, la loi indique que les populations déplacées « peuvent être relogées ». Durant les débats parlementaires, l’opposition a proposé un amendement pour inscrire une obligation stricte : « sont relogées ». Ce changement visait à transformer une simple possibilité en un droit fondamental garanti par l’État.

Le rejet de cet amendement prive les familles rurales d’une sécurité absolue. Or, lorsqu’une communauté agricole quitte son terroir, les indemnisations financières ne suffisent pas. Sans garantie d’accès à de nouvelles terres, à des points d’eau, à des écoles et à des soins, le déplacement force ces ménages vers la pauvreté.

Restauration des usages et risque de criminalisation

Un autre point de friction concerne l’encadrement des usages traditionnels. La loi liste de façon très restrictive les activités autorisées dans les zones protégées, comme la cueillette, le bois mort, le miel ou l’eau. Cette liste fermée risquerait d’enfermer les riverains dans des contraintes rigides.

En outre, la grille des sanctions pénales manquerait de nuance. La lutte contre le braconnage organisé exige une grande sévérité de la part du législateur. En revanche, le texte semble créer une confusion entre ces réseaux criminels et les prélèvements de subsistance réalisés par les paysans pour nourrir leurs familles.

Sans une application stricte de la proportionnalité des peines, la loi risquerait de criminaliser la survie élémentaire. Aussi, la conservation devrait se faire avec l’adhésion des riverains plutôt qu’à travers une répression disproportionnée.

Réconcilier la protection de la nature et la justice sociale

L’histoire rurale du Togo a déjà connu de fortes tensions foncières liées aux forêts classées et aux réserves fauniques. La création de périmètres protégés sans concertation ni contreparties équitables a souvent alimenté des rancœurs durables entre les populations et l’administration.

Pour réussir la préservation de la nature, l’État devrait impérativement associer la justice sociale au respect des droits de propriété. Tracer des frontières sur une carte ne suffit pas à protéger un écosystème si les communautés locales sont exclues de sa gestion.

L’application de ce texte nécessitera donc une vigilance accrue de la société civile et des organisations des droits humains. Il faudra veiller à ce que la sauvegarde de la biodiversité ne se réalise pas au détriment de la dignité et des moyens d’existence des citoyens les plus vulnérables.

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