
Le président Paul Biya a fixé les orientations du budget 2027 en mettant en avant la rigueur et l’investissement public. Mais au-delà des arbitrages économiques, le document interpelle par le silence gardé sur le calendrier des élections municipales et législatives. Entre omissions politiques et retards de chantiers, l’efficacité de la dépense publique suscite de nouvelles interrogations.
L’effort budgétaire face à la réalité du terrain
Chaque année, la circulaire présidentielle pose le cadre financier de l’État pour l’exercice à venir. Pour 2027, les autorités tablent sur une croissance du PIB de 3,6 % et prévoient de consacrer 30 % du budget général aux investissements publics. L’objectif affiché demeure la consolidation des infrastructures et le soutien à la production locale.
Pourtant, la lecture du document révèle une omission de taille : aucune ligne explicite ni enveloppe budgétaire dédiée ne vient préciser la tenue des élections municipales et législatives. Alors que ces scrutins ont déjà connu des reports et que la classe politique s’organise, ce manque de clarté entretient le flou sur l’agenda démocratique. S’agit-il d’une simple omission technique ou d’un choix stratégique de l’exécutif ? La question reste entière.
Le coût des retards sur les grands projets
À ce flou politique s’ajoute le constat récurrent des lenteurs d’exécution dans les grands travaux publics. Il ne s’agit pas de nier les réalisations effectives de l’État, qui permettent d’entretenir le réseau routier et de faire fonctionner les services publics. Mais le décalage entre la planification et la livraison finale reste un sujet de préoccupation majeur.
L’exemple de l’autoroute Yaoundé-Douala illustre cette réalité. Si la première tranche de 60 kilomètres est en service, elle demeure classée comme un projet « achevé mais non clôturé » en raison de travaux de raccordement toujours en cours. Quant à la deuxième phase devant relier Bibodi à Douala, la dérive des coûts et des délais repousse désormais sa finalisation à l’horizon 2031, soit près de 17 ans après le lancement des premiers travaux. .
De plus, plusieurs programmes d’envergure annoncés par l’exécutif se retrouvent reportés d’année en année, restant bloqués dans les méandres des études techniques ou de la recherche de financements internationaux.
Quand les projets sociaux s’enlisent
Au-delà des grands axes routiers, les difficultés touchent également le quotidien des populations à travers les infrastructures de proximité. Des rapports officiels du ministère délégué chargé des marchés publics ont ainsi pointé des dizaines d’entreprises défaillantes ayant déserté des chantiers sociaux dans plusieurs régions.
Des enquêtes menées par le ministère des Marchés publics ont régulièrement mis en lumière des dizaines de chantiers abandonnés par des entreprises défaillantes. Qu’il s’agisse d’écoles, de centres de santé ou de points d’eau, des crédits engagés n’aboutissent pas toujours à des infrastructures fonctionnelles. Cette situation fragilise la portée sociale des budgets votés et pèse sur les conditions de vie locales.
Bâtir une réelle redevabilité publique
Pour que le budget 2027 réponde pleinement aux attentes des citoyens, la rigueur budgétaire invoquée par le pouvoir doit s’accompagner d’une gouvernance plus lisible.
D’un côté, la clarification rapide du calendrier électoral est indispensable pour lever les incertitudes politiques. De l’autre, l’État doit veiller à l’achèvement effectif des programmes déjà financés avant d’engager de nouvelles dépenses d’annonce. C’est à ce prix que l’action publique regagnera en crédibilité et en efficacité.