Togo : Le dialogue politique, un serpent de mer au service du statu quo ?

Au Togo, le dialogue politique ressemble plus que jamais à un rituel usé. En appelant l’opposition à rejoindre le Cadre permanent de concertation (CPC), le ministre Gilbert Bawara rejoue une partition institutionnelle bien connue à Lomé. Mais face au rejet catégorique de figures comme Nathaniel Olympio ou Jean-Pierre Fabre, cette rhétorique de la main tendue masque mal l’impasse d’un modèle d’échanges à bout de souffle.

Le Cadre permanent de concertation : outil d’apaisement ou mirage institutionnel ?

Lorsque le ministre des Relations avec le Parlement et les Institutions, Gilbert Bawara, prend la parole devant l’opinion pour rappeler la disponibilité du gouvernement au dialogue, le message semble irréprochable sur le plan républicain. L’exécutif met systématiquement en avant le Cadre permanent de concertation (CPC). Cette instance est présentée par le pouvoir comme le seul canal légitime pour débattre des réformes et de la vie politique nationale.

Pourtant, l’analyse du fonctionnement réel du CPC révèle une contradiction majeure. Conçu pour fabriquer du consensus, ce cadre s’est progressivement vidé de sa substance politique. Les principales forces d’opposition boycottent désormais les sessions du CPC. Elles dénoncent une structure cosmétique qui permet au régime de simuler une ouverture démocratique auprès des partenaires internationaux tout en conservant le contrôle exclusif du calendrier législatif. En renvoyant la responsabilité du blocage aux absents, le gouvernement déplace habilement le débat. L’exécutif préfère interroger la volonté des opposants plutôt que la crédibilité de l’instance elle-même.

Le piège du rituel : pourquoi la méthode du dialogue ne fonctionne plus

En réagissant vivement aux propos de Gilbert Bawara, le président du Parti des Togolais, Nathaniel Olympio, touche du doigt le nœud du problème. La méthode du « dialogue à la togolaise » souffre d’un vice de forme historique. En accumulant près d’une trentaine de concertations depuis le début des années 1990 sans transformation démocratique profonde, le pouvoir a lui-même déprécié l’outil du dialogue.

Cette lassitude n’est pas uniquement rhétorique. Elle s’appuie aujourd’hui sur un contentieux juridique et constitutionnel lourd. Pour de nombreux acteurs politiques et de la société civile, la contestation du dialogue s’articule autour des décisions de la Cour de justice de la CEDEAO. Les arrêts de l’instance communautaire ont pointé les irrégularités entourant le basculement constitutionnel vers la Cinquième République. Dès lors, participer à un nouveau cycle de concertation sous les règles fixées par le pouvoir reviendrait, pour les dirigeants de l’opposition, à valider un cadre institutionnel qu’ils contestent dans son essence même.

L’impossibilité d’un consensus sans garantie d’exécution indépendante

L’impasse actuelle ne réside donc pas dans le refus de discuter, mais dans l’absence totale de garanties quant à l’application des décisions arrêtées. L’histoire des accords politiques au Togo montre que les compromis signés lors des grandes messes nationales ont souvent été dilués ou contournés au fil du temps.

Pour sortir de ce jeu de dupe, une révision fondamentale des règles du jeu s’imposerait. Un dialogue crédible ne peut plus se tenir sous la seule médiation du pouvoir en place. Il exigerait une facilitation indépendante, un ordre du jour co-construit, un calendrier contraint et surtout un mécanisme contraignant de suivi des engagements. En l’absence de ces prérequis, les appels répétés de l’exécutif et les refus catégoriques de l’opposition continueront de former un dialogue de sourds, maintenant le pays dans une stabilité de façade.

Plus d'actualité

Adresse : Tokoin Novissi, face église Catholique Notre dame de la paix.

Récepissé : N°0121/HAAC/02-2024/Pl/P

équipe de publication

Directeur Général : FIOKLOU-TOULAN Ayivi Germain

Contact : 90 84 48 48

Directeur de publication : AZIAGBLE Dédé Epiphanie

Contact : 93 82 48 48

Copyright © Le Perroquet-Ako

Défiler vers le haut