Coopération agricole Togo-Chine : Le mirage des grands projets ?

En visite dans la province chinoise du Shaanxi, Faure Gnassingbé a scellé de nouveaux partenariats axés sur l’agritech et la coopération décentralisée avec la Kara. Si l’affichage politique séduit, le bilan mitigé des initiatives passées invite à la rigueur.

Le grand spectacle de l’innovation et les promesses de Xi’an

La visite officielle entamée par le chef de l’exécutif togolais dans la province chinoise du Shaanxi s’inscrit dans la droite ligne des relations entre Pékin et Lomé. Accueilli par le gouverneur Zhao Gang, le dirigeant togolais a découvert le Parc de démonstration de l’agriculture intelligente de Yangling. Intelligence artificielle, robotique et gestion automatisée de l’irrigation y sont présentées comme des solutions miracles pour booster la productivité.

De plus, un accord de coopération décentralisée a été signé entre le Shaanxi et la région togolaise de la Kara. Cet accord ambitionne de transposer ces modèles dans l’énergie, l’environnement et la gestion des ressources naturelles. Sur le papier, l’ambition est louable. Le dirigeant togolais a d’ailleurs rappelé qu’une innovation prend toute sa valeur lorsqu’elle s’adapte aux moyens et aux besoins quotidiens des producteurs.

Pourtant, derrière la solennité des signatures et l’attrait des parcs technologiques, une question persiste : où va-t-on réellement avec cette énième coopération ?

Les fantômes du passé : quand les projets ne font pas long feu

L’enthousiasme affiché face aux promesses de l’agritech chinoise se heurte à la dure réalité de l’histoire industrielle et agricole du pays. Ce n’est pas la première fois que Lomé brandit un partenariat d’envergure. En effet, de nombreux projets pilotes ou structures d’accompagnement ont fini par s’enliser, plombés par le manque d’évaluation indépendante, l’absence d’appropriation locale et des logiques parfois trop diplomatiques.

Prenons l’exemple historique du Centre technique agricole de Zanguéra. Présenté comme un pôle d’excellence pour la formation et la production de semences, le centre souffre d’un décalage persistant. Des analyses de terrain montrent souvent une faible prise en compte des savoirs paysans et des barrières méthodologiques qui entravent l’adoption durable des technologies.

De même, la Société sino-togolaise de production de sucre à Anié, créée en 1984, illustre les limites d’un modèle lourd face aux aléas climatiques et aux tensions sociales. La sécheresse de la campagne 2015-2016 a lourdement affecté la production de canne, mettant en lumière la fragilité structurelle de l’unité. Qu’il s’agisse des Zones d’aménagement agricole planifiées ou de l’Agropole de Kara, les annonces de rendements se heurtent régulièrement à des difficultés d’entretien des infrastructures.

Interroger les conditions de réussite des nouveaux accords

Loin de rejeter la coopération internationale, l’exercice journalistique impose d’interroger les conditions réelles de ces nouveaux accords.

D’abord, les petits exploitants de la Kara, dont les moyens se limitent souvent à des outils rudimentaires, pourront-ils réellement rentabiliser et entretenir des équipements issus de l’agriculture intelligente ?

Ensuite, quels sont les termes exacts, les montants et les mécanismes financiers de ce mémorandum ? S’agit-il de dons, de prêts ou de partenariats commerciaux dont la charge pèsera à terme sur les finances publiques ?

Enfin, qui audite l’efficacité réelle des projets après les fastes des inaugurations ? Sans un mécanisme d’évaluation public et transparent, le risque demeure de voir ce nouveau partenariat s’ajouter à la longue liste des promesses qui n’ont pas tenu toutes leurs espérances.

Vers une exigence de transparence et de redevabilité

Pour que la modernisation agricole devienne une réalité tangible, elle ne doit pas se résumer à une suite de visites protocolaires. Elle doit reposer sur la co-construction, l’écoute des coopératives locales et une transparence totale. À défaut, les mêmes causes produiront inexorablement les mêmes effets sur le terrain.

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