
Prévues le 6 décembre pour acter le retour des civils au pouvoir, les élections présidentielle et législatives en Guinée-Bissau ne pourront pas se tenir. La Commission électorale et le Premier ministre ont confirmé que les conditions techniques et politiques ne sont pas réunies.
Un report inévitable face aux blocages politiques
Le retour à l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau subit un nouveau coup d’arrêt. La Commission nationale électorale (CNE) ainsi que le Premier ministre bissau-guinéen ont conjointement estimé que les « conditions ne sont pas réunies pour organiser » les scrutins présidentiel et législatifs fixés au 6 décembre.
Cette décision fait suite à une série de consultations menées par le président de la Transition et chef de la junte au pouvoir, le général Horta N’Tam. Interrogée par la presse à l’issue de son audience, la vice-présidente de la CNE, Felisberta Moura Vaz, a confirmé que sur le plan technique, la date ne pourra pas être respectée, tout en précisant que l’officialisation d’un report relève de la compétence exclusive de la présidence de la Transition.
De son côté, le Premier ministre Ilidio Vieira Té a souligné qu’aucun parti politique ne se trouve actuellement dans des conditions idéales pour aller aux urnes, évoquant notamment la caducité des instances dirigeantes de la plupart des formations politiques nécessitant un renouvellement profond.
Une transition sous tension depuis le putsch de 2005
Ce blocage électoral intervient dans un climat d’instabilité chronique. Le pays est dirigé par les militaires depuis le 26 novembre 2025, date à laquelle la junte a renversé le président sortant Umaro Sissoco Embaló juste avant l’annonce des résultats des scrutins de novembre.
Depuis cette prise de pouvoir, la junte a amorcé de profondes modifications institutionnelles, notamment à travers un référendum constitutionnel organisé fin août qui a basculé le pays vers un régime présidentiel fort. Un choix vigoureusement contesté par l’opposition, à l’instar du PAIGC, parti historique de l’indépendance, qui avait dénoncé un climat de restriction des libertés publiques.
La situation sécuritaire reste également fragile. Récemment, le général Horta N’Tam a sommé les éléments de la garde présidentielle de déposer les armes de manière volontaire, tandis que le retour avorté de l’ancien président en exil a été bloqué par les autorités pour des raisons de sécurité.
La pression internationale s’accentue
Face à cette impasse politique et au glissement du calendrier de transition, la communauté internationale monte au créneau. Samedi dernier, une coalition d’anciens dirigeants africains, de diplomates et d’acteurs de la société civile a adressé une lettre ouverte à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).
Les signataires exhortent l’organisation sous-régionale à s’emparer d’urgence du dossier pour négocier un calendrier politique crédible. Ils réclament des garanties strictes concernant le respect des libertés publiques, le pluralisme politique et l’indépendance de l’administration électorale, afin de sortir durablement ce pays lusophone de ses soubresauts politiques récurrents.